Le mois dernier était présenté à l'Institut Lumière de Lyon le film « El Gringo Eskiador », mettant en scène Patrick Vallençant dans une de ses légendaires descentes : la première à skis de la face sud-est de l'Artesonjaru, 6020m, au Pérou.

A l'issue de la présentation du film, le réalisateur, Pierre Saloff-Coste ainsi que les proches de Patrick Vallençant sont venus témoigner de son engagement et de sa personnalité atypique qui le font figurer aujourd'hui encore parmi les grands noms de la montagne dans l'inconscient des alpinistes.

Montagnologie a interviewé Yannick Vallençant, son fils, et Michel Pellé, son ami, tous deux guides de haute montagne, pour réévoquer un peu ce personnage haut en couleurs !

Photos : collection Yannick Vallençant

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- Comment vous est venue l'idée de faire une rétrospective sur Patrick Vallençant ?
- Yannick : A l'origine c'est Michel qui a eu cette initiative à Chamonix et qui a organisé cette soirée au Majestic autour du film « Peuterey, La Blanche », où Anselme Baud était présent en tant qu'acteur de la première et copain de mon père. La Mairie de Chamonix avait choisi de diffuser en complément un film avec Lionel Terray sur la 1ère descente à skis de la face Nord du Mont Blanc dans les années 50 – un vrai film de cinoche « old school » avec musique classique et commentaire dit par Bernard Blier – et un film moderne de freeride – avec beau garçon, beaux virages, images d'hélico, musique à fond et message publicitaire...Là, j'avais envie de faire un truc plus personnel, dans sa « famille » lyonnaise.  

- Complètement décontextualisé, on peut effectivement passer à côté du propos !
- Y : C'est pour ça que j'ai eu envie de faire un événement qui permettait d'isoler sa démarche particulière, à la fois cinématographique et alpinistique, pour la présenter telle qu'elle était et également la remettre en perspective avec ce qui se fait aujourd'hui. Dans quel esprit on faisait du ski hors-pistes et de pente raide à l'époque, de quelle vision de la montagne ça participait etc ...


- Et toi Michel, qu'est-ce qui t'a motivé à vouloir réévoquer Patrick Vallençant ?
- Michel : De mon côté l'idée est simple. Je buvais un verre dans un bistro à Chamonix quand je tombe sur une bande de jeunes, dont Lionel Hachemi qui me dit : « Ah toi Michel, avec Vallençant, vous avez été des précurseurs des pentes raides et du ski extrême... » ! De mon côté à l'époque, j'étais alpiniste, grimpeur et je connaissais très bien Patrick mais le ski je n'en faisais pas du tout, pas au début du moins ! J'ai donc voulu remettre les pendules à l'heure pour mieux comprendre qui faisait quoi à l'époque.

- Comment l'as-tu rencontré ?
- M : En 1969 j'étais à Tignes, je faisais mon service militaire et lui était moniteur de ski à Val d'Isère. On est devenu amis simplement parce qu'on avait des atomes crochus et que la montagne nous rapprochait. Mais à la base, on n'avait pas vraiment de point commun particulier, ni au niveau de la discipline, lui étant d'abord un skieur et moi exclusivement grimpeur, ni au niveau professionnel, bien qu'on on ait passé notre guide ensemble* et que j'aie travaillé pour lui plus tard !    
(*NDLR : la bande de l'époque ne comprenait rien moins qu'Anselme Baud, Joël Coqueugniot, Olivier Challéat...et le ski n'était pas obligatoire à l'époque pour passer le diplôme!)

- Qu'est-ce qui différencie le ski extrême d'alors de celui d'aujourd'hui ?
- Y : Je dirais que, au delà de la technique de ski et des pentes dans lesquelles on va aujourd'hui –  qui sont d'une raideur similaire (NDLR : Les pentes les plus raides skiables dans les Alpes Européennes n'excèdent jamais 55°), c'est la démarche qui est fondamentalement différente ! Si mon père était de la génération actuelle, je ne suis pas sûr que c'est dans le ski extrême et encore moins le freeride qu'il s'exprimerait. A cette époque là, le ski extrême était une révolution, c'était un moyen d'exprimer quelque chose qui était en lui, la volonté d'être pionnier, aventureux et un peu provocateur...Aujourd'hui, le freeride n'a rien de marginal ni de contestataire, c'est au contraire une discipline "tendance", souvent pratiquée par une classe sociale privilégiée (plus encore qu'il y a 30 ou 40 ans), qui compte ses stars, ses fashion victims et beaucoup de groupies... Le ski vraiment extrême – c'est-à-dire nécessitant des qualités d'alpiniste dans des pentes au-delà de 50° –, lui, reste bien sûr élitiste et pratiqué par une toute petite minorité, mais il n'est plus révolutionnaire. 

- Même avec ses évolutions « new age » récentes ?
- Y : Oui, car même s'il y a toujours une recherche poussée de la performance sportive et de l'innovation, c'est beaucoup plus évident aujourd'hui d'en faire car ce n'est plus pionnier, on sait où on va d'une certaine façon. Et puis le matériel a passablement évolué. Quand tu regardes celui de l'époque, les chaussures avec un seul crochet qu'on pouvait exploser avec un virage un peu trop appuyé... ça relativise un peu les « exploits » modernes! Anselme expliquait aussi qu'à l'époque, ils n'envisageaient absolument pas de skier dans des pentes poudreuses, parce qu'ils n'avaient pas des skis qui permettaient de flotter suffisamment au-dessus de la neige et ils ne voulaient pas prendre de risques d'avalanches. Donc ils y allaient généralement dans des pentes béton ou au mieux légèrement décaillées, donc si tu glissais t'allais en bas c'est clair.

PV PEROU001A l'ouverture de la face Sud-Est de l'Artesonjaru (6020m) au Pérou, 1978.


- Qu'est-ce qui motivait ton père à vouloir s'exprimer dans le ski extrême à l'époque ?
- Y : Chez mon père, il y avait d'abord l'envie de faire des choses aventureuses, d'être pionnier, et à travers cela de s'exprimer et de prouver quelque chose autant à lui-même qu'aux autres – il avait une image très dévalorisée de lui-même. Anselme Baud par exemple n'avait peut-être pas besoin d'exprimer la même chose, car il était montagnard par héritage et amoureux de la montagne depuis l'enfance. Mon père, c'était quelqu'un qui avait une revanche à prendre sur la vie : il sortait d'un milieu extrêmement modeste (son père était ouvrier, sa mère sage-femme), il n'avait pas fait d'études supérieures (il avait quitté l'école avant le bac), il était en conflit ouvert avec son père et avait alors le choix entre devenir ouvrier ou s'engager à l'armée. Un de ses premiers boulots c'était d'aller balayer les noyaux de prune à l'usine de confitures Lenzbourg près de Lyon ! Puis il s'engagea à l'armée pour 3 ans et en fut renvoyé au bout d'1 seul, après 6 mois de prison mais en ayant commencé de découvrir la haute montagne avec les chasseurs alpins. Je pense qu'en lui-même il sentait qu'il avait un truc à exprimer mais il ne savait pas comment. Et c'est là qu'il a trouvé le ski, à un moment donné où il avait un besoin de défonce physique pour lequel le ski et la montagne convenaient très bien. Je pense qu'il a senti que ça lui permettait de découvrir des choses sur lui-même qu'il ne connaissait pas et qu'instinctivement, il a dû sentir qu'il allait pouvoir s'y réaliser à tous les niveaux, y compris au niveau social. Et si ça n'avait pas été la montagne ç'aurait été autre chose, la mer, la voile...l'aventure en général !  

PV PORTRAIT003Après les années ski extrême et le lancement de la marque « Degré 7 », le temps de la reconversion avec l'exploration de nouveaux horizons, comme ici en Norvège (1986-87).

- Un fort besoin de réalisation de soi donc, mais aussi de partage ?
- Y : Oui ce qu'il y a d'original à travers sa démarche, c'est non seulement qu'à cette époque il révolutionnait le ski en faisant des trucs nouveaux, mais qu'en plus il s'était mis en tête de les démocratiser auprès des gens, notamment à travers les stages qu'il a crées !

- Les « fameux » Stages Vallençant c'est ça ?
- Y : Oui c'est ça, et qui étaient très engagés ! Je me rappelle avoir fait à l'époque la face Sud des Grandes Jorasses à 20-25 personnes (NDLR : Yannick avait alors 12 ans. La face Sud est une entreprise sérieuse cotée 51-E3) ! C'est inimaginable à l'époque qu'on connait aujourd'hui, avec le formatage des prestations et du nombre de personnes par guide, la réglementation extrêmement forte... Pareil pour la Nord-Est des Courtes, on l'avait fait à combien ce truc là ?
- M : Oh je ne sais pas on l'a fait jusqu'à 11-12 personnes ! Le Spencer, pareil...

- Des collectives en ski extrême ?!
- M : Oui mais à l'époque attention, on s'était mis à skier en grosse poudre aussi (NDLR : les stages Vallençant prennent leur essor dans les années 80, les principales descentes de Patrick Vallençant dans la décennie précédente). Ça veut dire que finalement, le Spencer par exemple, si on avait du mal à monter, à la descente on pouvait presque rouler dedans ! Par contre on emmenait tout le monde, même ceux qui ne savaient pas bien skier, et la plupart ne savaient pas ce qu'ils allaient faire ! Maintenant, les clients veulent que tout soit prévu et programmé à l'avance, alors qu'à ce moment là c'est nous qui proposions !

Mais ça je m'en souviendrai toujours, la première face sud des Jorasses. On était au glacier de Toule, et là un suisse, Michel Darbellay (NDLR : à qui l'on doit la première solitaire de la Face Nord de l'Eiger) venait juste de faire la face Sud des Jorasses – ce qui énervait Patrick bien sur, alors il a dit : « Puisque c'est comme ça, demain tout le monde aux Jorasses !!! ». Le stage qui venait juste des grands Montets pour aller au glacier de Toule n'avait rien demandé mais basta ! Le lendemain pont aérien avec l'hélicoptère et on mettait 20 personnes là haut. Et là Patrick qui avait pris son sac avec plein de cordes au cas où, sort de la première rotation, pose son sac, et lorsque la 2ème rotation arrive, avec le souffle du rotor, pouf plus de sac à dos, plus de cordes !  

PV PORTRAIT004Ambiance 80ies avec le « rose Vallençant », marque de fabrique des stages homonymes !

- Il avait un côté pour le moins charismatique pour que les gens acceptent de le suivre ?!
- M : optimiste moi je dis ! Quoique, emmener des gens dans de la pente raide qui savaient pas skier, c'était ou de l'optimisme ou de l'inconscience ! Mais il avait aussi cette façon de transmettre une espèce d'énergie positive, il savait te booster. Par exemple il disait : « Fais ton virage, fais ton virage, fais le virage et puis si tu tombes je te rattrape » alors qu'il savait très bien que si l'autre tombait c'était cuit mais ça ne fait rien, ça marchait ! Moi-même quand je suis parti un an au Népal en 1976, je ne savais pas skier et encore moins quand je suis rentré en 78 ! Alors mes parents m'ont dit : « Patrick te cherche, il veut monter une école de ski à Chamonix et il veut que tu travailles avec lui ». A ce moment là le ski extrême, la poudreuse, pour moi c'était absolument inconcevable mais Patrick a été très convaincant ! De fait il avait un vrai talent, c'était de vendre un frigidaire à un esquimau et un sac de sable à un touarègue !

- On retrouve encore un peu en filigrane son côté provocateur derrière tout ça !
- Y : Oui, dans sa manière viscérale de vouloir transgresser les règles établies ! A la limite si il y avait eu le matériel qu'on doit mettre aujourd'hui, on a presque le sentiment qu'il n'aurait pas voulu le prendre.
- M : Oui d'ailleurs les premiers Arva qu'on a eu, on ne les mettait pas, ni le casque d'ailleurs...
- Y : Il n'y avait absolument pas cette obsession du matos ou du suréquipement, voire il y avait chez lui une volonté de faire fi de ces règles-là ! De la même façon, quand il y avait un risque généralisé d'avalanches flanqué d'une interdiction de sortir, il montait quand même en peaux de phoque aux Grands Montets, juste pour emmerder les pisteurs !
- M : Une fois aussi on avait une zone complètement interdite en dessous de Lognan parce qu'il y avait trop de risque d'avalanche. Alors évidemment, Patrick, moi, Fred Bourbousson et son frère François, on est même pas passés par la piste et chaque fois qu'on arrivait en bas, on était convoqués dans le bureau du directeur et le maire d'Argentière nous interdisait de remonter ! Alors Patrick foutait évidemment un bronx pas possible...
Une autre fois les pisteurs ouvrent Bochard, Patrick part sur les arêtes du haut, fait un virage dans les petits couloirs sommitaux et fait partir une énorme coulée qui recouvre une partie de la piste...Alors là on était à Lognan et quand on a vu Patrick on s'est dit : « Bon ben, on va sans doute devoir quitter la région », déjà qu'auprès des pisteurs on était vus comme des assassins ! Mais Patrick est arrivé, fulminant et a dit : « C'était à vous les pisteurs de traiter le lieu, donc si j'ai fait partir une avalanche, c'est de votre faute et je porte plainte contre vous et le service des pistes ! ». Les mecs scotchés l'attendaient avec les menottes, ils sont repartis sans lui !!
En escalade aussi, un jour il arrive à un relais où il y avait déjà un mec : il a fait le relais directement sur le pontet du baudrier du mec, juste pour l'emmerder !

- Comment était-il en tant que père ?
- Y : En tant que père, je dirais qu'il avait des  côtés supers mais qui se sont surtout révélés vers la quarantaine (NDLR : PV est mort à 42 ans) ! Avant, c'était un père... très particulier !
Par exemple Michel m'a raconté, qu'un jour mes parents étaient partis grimper dans les Calanques avec d'autres copains, ils avaient envie de grimper et de faire des voies de plusieurs longueurs. Moi j'avais 3 mois, ils m'ont foutu dans le landau au pied de la voie avec le biberon à côté et un panneau sur le landau qui disait : « Si il a soif, donnez lui le biberon » et eux ils allaient grimper ! On imagine mal ça aujourd'hui (et peut-être même à l'époque), ne serait-ce qu'avec toutes ces affaires de gamins enlevés...
- M : Une autre fois, Patrick me dit : « Emmènes donc Yann au couloir chevalier », il avait 11 ans !  Moi après ça je lui ai dit : « C'est terminé, ton fils je ne l'emmène plus jamais !! » : un gamin de 11ans, moi je le voyais tomber et je me disais : « Non je peux pas prendre cette responsabilité » !
- Y : C'est vrai que c'était que des trucs comme ça...Vers l'age de 7-8 ans aussi, il m'avait emmené grimper. Ça me faisait plaisir de découvrir l'escalade, mais lui faisait exprès de ne pas mettre de points d'assurance ou alors il me faisait descendre en désescalade dans des voies en 5 parce que c'était quand même plus marrant que par le chemin...Moi j'étais terrorisé, je m'en souviens encore ! Je pense qu'il avait à la fois envie qu'on fasse des trucs biens, hors norme, mais je pense qu'il avait aussi envie de faire des trucs pour lui et de pas trop se soucier de moi. Donc il n'était pas attentif à faire une progression qui sécurise, en tout cas pas adaptée du tout à un gamin qui débute !
- M : C'est vrai que Patrick, autant en ski il savait te transmettre son savoir, autant en escalade c'était n'importe quoi. Moi le peu de fois que j'ai grimpé avec lui, je voulais plus y aller ensuite, comme à la Contamine Vaucher au Peigne, un souvenir épouvantable ! D'abord il ne faisait jamais de relais et puis il mousquetonnait un point tous les...rarement ! Alors j'aurais préféré aller en tête mais comme lui ne s'arrêtait pas...Moi ça me mettait terreur, je me disais que si un de nous deux bennait on était tous les deux en bas ! Mais bon, ça le faisait marrer...
- Y : il y avait toujours cette forme de défi en permanence, de volonté de négliger et de provoquer le danger, de dire : « j'ai pas peur, j'en ai rien à foutre de tout ça » donc il faut que chaque étape, même celle du relais soit aventureuse …

- Cette d'attitude était peut-être d'autant plus accentuée dans votre relation père-fils ?
- Y : Oui ça ne fonctionnait pas comme ça avec ma sœur par exemple. Je pense qu'il y avait une volonté d'éducation à travers ça mais voilà, c'était un peu lourd entre 11 et 15 ans. Jusqu'à 16-17 ans, notre relation était un peu tendue et puis après il s'est assagi un peu et du coup moi aussi. On allait grimper ensemble et c'était beaucoup plus sympa, il commençait à se calmer un peu. Ce qui ne l'a pas empêché de se planter à cause d'une connerie de ce genre mais bon...

- Je lisais des choses analogues aussi sur son comportement vis-à-vis de son épouse Marie-Jo : lors de leur premier Whymper à la Verte, avec elle et Anselme Baud, c'est Anselme Baud qui aurait aidé ta mère à skier la partie basse, Patrick ayant décidé de filer devant !
- M : Oui là aussi les anecdotes il y en a plein ! Une autre fois au Maroc, on skiait des montagnes faciles. Pour les approches en cailloux on mettait les skis sur le sac, avec les pompes de ski calées sur les fixations et on marchait en basket. Et puis quand y avait la neige, les baskets dans le sac, on sortait les pompes de ski et les peaux de phoque ! Et l'autre, comme il avait horreur que quelqu'un le double, il était parti comme un malade devant avec les pompes de ski de Marie-Jo ! Lorsqu'elle est arrivée à la neige, ses pompes étaient déjà au sommet et elle a donc fait toute la pente en baskets ! C'était ça en permanence, je me souviens pas de tout mais ...

PV PORTRAIT006Look 70ies lors d'une randonnée avec clients dans le massif du Mont Blanc !


- Est-ce que son côté provoc' se reflétait dans son engagement politique ?
- Y : Non. Il sortait d'un terreau communiste engagé et s'il avait voté quelque part, ça aurait été à gauche de toute façon, mais il ne s'était jamais engagé spécialement.
- M : voire plutôt à gauche de la gauche, c'était un rebelle !
- Y : oui c'est ça, il était pour la gauche qui mette le boxon ! Mais au delà du fait qu'il était capable de faire des « conneries » pas possibles, il avait aussi une éthique stricte, notamment sur la manière de faire de la montagne et d'en parler. Il ne fallait pas mentir ni se mentir, il fallait être extrêmement rigoureux sur la qualité de la course qu'on faisait etc, il y avait cette exigence-là.  
- M : Oui par exemple il n'utilisait pas l'hélicoptère pour ses descentes, c'est même pas qu'il était contre, il était plus que contre !
- Y : Au Couturier par exemple, ils considéraient s'être fait piquer la première par Serge Cachat-Rosset qui avait réalisé la descente après dépose hélico. Avec Anselme ils se sont dit : « Pas grave, on va aller plus vite en montant à pied et en descendant à skis que lui pour descendre à skis » ! Et c'est ce qu'ils ont fait : Serge Cachat-Rosset avait mis 5h pour descendre le Couturier, eux ont mis 4h30 entre la montée et la descente !
- M : Plus tard, Patrick s'était endormi parce qu'il était un peu fatigué. Il partait au Couturier pour la 2ème ou 3ème fois pour les besoins du film, cette fois ci théoriquement en hélicoptère pour être filmé depuis la machine, juste pour des plans de coupe. Et là au dernier moment, il n'est pas monté dedans, il est monté à pieds alors qu'il avait payé l'hélico pour faire les images !
Après ça il a dû se laisser faire quand on a commencé à emmener des clients aux Jorasses et sur d'autres sommets, parce qu'ils n'auraient pas pu monter à pied. Mais lui ne voulait pas au départ, il avait du mal à utiliser l'hélico, même pour filmer...
- Y :  L'amusant, c'est justement qu'à l'époque, il était apparemment critiqué parce qu'il faisait plusieurs fois la descente pour le film. Certains détracteurs lui reprochaient cette démarche cinématographique, alors que de fait ça revenait à faire plusieurs fois la descente !
- M : Oui mais il ne faut pas oublier non plus qu'à ce moment là, tout était bon pour le critiquer. Il bousculait tout le monde localement par sa démarche et beaucoup voulaient lui trouver des failles ! Après tout le monde l'a bien accepté, aujourd'hui on en parle comme d'un héros même, mais au début c'était dur...


Ses dates clés :
9 Juin 1946 : naissance à Lyon
1966 : rencontre avec Marie-Jo
10 Mai 1971 : face Nord de la Grande Casse par les Italiens
20 Juin 1971 : face Nord de la Tour Ronde
Printemps 1972 : raid à ski Nice-Innsbruck
24 Juin 1972 : face Nord-Est des Courtes avec M-Jo Vallençant
7 Juillet 1972 : couloir en Y à l'Aiguille d'Argentière avec M-J Vallençant
27 Avril 1973 : face Nord de Bellecôte, couloir NNE, avec M-J Vallençant et Robert Blanc
8 Juillet 1973 : couloir Whymper à l'Aiguille Verte, avec Anselme Baud
5 Aout 1973 : couloir Couturier à l'Aiguille Verte, avec Anselme Baud
Août 1973 : obtention du Diplôme de Guide de Haute Montagne
Juin 1975 : couloir nord du Coup de Sabre, couloir NW du Pic Sans Nom, couloir N du Col du Diable, de la Barre Noire aux Ecrins et Gravelotte à la Meije !
29 Mai 1977 : face Nord de l'Aiguille Blanche de Peuterey, avec Anselme Baud
31 Mai 1977 : Arête de Peuterey au Mont Blanc de Courmayeur avec Anselme Baud
Hiver 1978 : fondation des Stages Vallençant à Chamonix
Juin 1978 : face Sud-Ouest et Nord du Huascaran sud (6750 m)  puis face Sud-Est de l'Artesonraju (6020m) au Pérou
Juin 1979 : face Ouest du Yerupaja (6650m) dans les Andes.
juillet 1980 : descente à skis du col du Broad Peak (8047m) avec Georges Bettembourg, Frédéric Labaeye et Jean-Louis Etienne (médecin de l'expédition)
Mai 1981 : expédition au Mac Kinley (accident et échec)
En 1983, Patrick Vallençant fonde avec la styliste Ingrid Büchner et le publicitaire de la marque « Degré 7 », toujours existante dans le paysage du ski alpin français, bientôt 30 ans après.
Le 28 mars 1989, Patrick Vallençant trouve la mort à la suite d'une mauvais manipulation technique alors qu'il fait de l'escalade à la falaise de la Beaume Rouge dans les Cévennes.
Le 23 avril 1989, son épouse Marie-Jo disparaît à son tour tragiquement lors d'un accident de saut à l'élastique.

Son livre :
« Ski extrême, ma plénitude », en collaboration avec Michel Ballerini, chez Flammarion (1979)

Ses films :
« Les grands couloirs de l'Oisans » (1975), « Peuterey la Blanche » (1977), « El Gringo Skiador » (Pérou, 1978) et « La Pente » (Pérou, 1979) avec le réalisateur Pierre Saloff-Coste
« Les parapluies du Baltoro » (1980, Pakistan)
« Papik, l'enfant du Mont Blanc » (1981, réalisation Michel Torend)
« Aventures en Alaska » (1981, réalisation Patrice Aubertel)