Hommage à Jean « Nano » Coudray

(1942 – 2011)

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Par Rodolphe Popier

Remerciements à Pierre Blanc pour son témoignage et à l'ENSA.

 

Né en 1942 au-dessus de Sallanches, fils de décolleteur destiné à la succession de son père, « Nano » Coudray préfère rapidement la montagne à la mécanique de précision. Son ami et compagnon de cordée de toujours, Pierre Blanc, nous a aidé à résumer ses principaux faits d'amateur commis durant les années 60. Il faut se remémorer que ces grandes ascensions se faisaient alors sans nos moyens météorologiques actuels ! Les dates à retenir :

  • Été 1964 : 1ère de la face Est du Grand Capucin sans bivouac. Tentative de répétition au pilier du Freney, 3 ans après la première anglo-française ; alors que la cordée est montée très haut sur le pilier, le mauvais temps les force à redescendre.

  • Été 1965 : 3ème ascension du pilier Bonatti, 3ème ascension de la voie Demaison au pic de Bure et ouverture à la tête Louis-Philippe dans la chaîne des Fiz.

  • Été 1966 : Face ouest des drus par la Directe Américaine. De retour de la face Nord du Triolet (avalée en 2h30!), Jean se voit nommé leader du sauvetage aux drus en 1966 par les dirigeants de l'EMHM où il vient d'entrer comme instructeur civil !

  • Hiver 1966 : Tentative de 1ère hivernale à la Davaille en face nord des droites, stoppée par la chute prématurée de Nano dans une crevasse !

  • Hiver 1967 : grosse tentative en hivernale au Freney avec Pierre Blanc. Après avoir retrouvé la cordée Demaison-Flematti au bivouac de la Fourche, les 4 effectuent la 1ère de la face nord du col de Peuterey en hiver puis le mauvais temps à l'attaque du Pilier les force à la retraite. La redescente par les rochers Gruber et le col de l'Innominata dans la tempête, à l'endroit même où s'est déroulée la tragédie du Freney 4 années auparavant, sera sauvée par le flair et la connaissance des lieux de René Demaison (NDLR : évoqué dans l'excellent "Flematissime" paru en 2006 aux Éditions Guérin).

  • Reçu moniteur de ski à l'automne 1967 puis co-Major de sa promotion (avec le même Pierre Blanc!) au Guide de Haute Montagne en 1968, il intègre immédiatement après l'ENSA en tant que professeur, poste qu'il occupera jusqu'en 2005 !

  • 1969 : premier secours hélitreuillé dans la face nord des Grandes Jorasses à l'initiative de Jean et Pierre ayant fait un premier essai concluant dans le Grépon une année auparavant. Pionnière, cette expérience lancera le développement du secours hélitreuillé dans le massif du Mont Blanc, le PGHM prenant à partir de là le relais définitif de l'ENSA pour le sauvetage en montagne.

Après cette première phase de formation remarquable dans les Alpes (au titre de laquelle il se voit admis au prestigieux Groupe de Haute Montagne en 1965), Jean Coudray découvre l'Himalaya lors de la première expédition des professeurs de l'ENSA au Pumori. Repères :

  • 3 novembre 1972 : pilier sud du Pumori (7145m) avec notamment Yves Pollet-Villard, Georges Payot, Maurice Gicquel...7 professeurs de l'ENSA pour une expédition heureuse, « la plus belle de toutes, avec tout le monde au sommet... », malgré des conditions climatiques difficiles. En 1996, l'équipe de Christophe Profit reprendra l'itinéraire avec intérêt.

  • 1975 : tentative de traversée à la Nanda Devi (7816m), sommet mythique et difficile, peu gravi encore de nos jours, où l'équipe parvient malgré tout à gravir les deux sommets principaux. Une lourde équipe japonais réussira le challenge l'année d'après.

  • Automnes 1978 et 1980 : tentatives poussées sur le pilier sud-ouest du Daulaghiri (8172m), ascension de haut niveau présentant trois ressauts successifs très techniques à haute altitude. Le gros des difficultés est franchi sans toutefois atteindre le sommet. Pierre Béghin et Jean-Noël Roche se chargeront de la conclusion en 1984.

  • 1979 : membre de la « dream team » sélectionnée pour l'expédition nationale française au K2, qui frôle la réussite à 100m du sommet.

  • 26/10/1981 : ascension du Dhampus (6012m) en famille.

  • 8/10/1984 : ascension sans oxygène du Yalung Kang (8505m) avec Anselme Baud dans le massif du Kangchenjunga. Son témoignage : "J'étais shooté et un peu limite à la descente, dévalant rapidement le couloir sommital facile mais quand même dans une pente à 50°..." !

  • Automne 1993 : tentative au Makalu.

Durant cette période, une véritable histoire d'amitié va se lier avec le peuple népalais. A partir du début des années 90, d'abord en tant que professeur à l'ENSA puis au sein de la « Fondation Yves Pollet-Villard » qu'il crée en 2005 à sa retraite, Jean Coudray va contribuer à développer le professionnalisme des Guides Népalais, permettant à certains de suivre une formation classique en France et développant depuis 2007 une formation sur place au sein de la Nepal Mountaineering Association (NMA). A travers sa fondation, il militait encore récemment pour la recherche de fonds afin de poursuivre l'instauration d'un système de formation pérenne au Népal.

 

Apprécié comme ancien collègue à l'ENSA (« constamment enthousiaste, généreux et gentil » pour Anselme Baud), toujours très actif auprès de la clientèle privée et reconnu pour son engagement envers les guides népalais, Jean « Nano » Coudray est parti ce mercredi 7 septembre dernier après avoir ajouté une énième voie à sa liste d'amateur. Parti chercher du matériel égaré, il aurait apparemment glissé sur de l'herbe raide…

C'est un alpiniste, formateur et transmetteur de premier ordre qui disparaît du paysage alpinistique français. Jean Coudray était également marié, avait deux filles et deux petits-enfants.

 

Bibliographie :

  • Co-auteur du manuel "Alpinisme et escalade", Editions du Club alpin français / Seuil, 1998.

  • Auteur de " La traversée impossible ", l'expédition de 1975 à la Nanda Devi.

Autres sources :

  • « L'épopée des expéditions françaises », Paragot-Gardien, Editions Libris / FFME, 2000.

  • « The Himalayan Database », les Archives numérisées de Liz Hawley, par Richard Salisbury, 2003.