Montagnologie

06 mai 2013

Fait divers sur l'Everest !

L'agression d'un groupe de 3 alpinistes de haut niveau par un groupe de 50 Sherpas d'altitude survenue au camp 2 de l'Everest a fait le buzz autour du monde. A l'origine de l'incident, une transgression mineure des consignes tacites pratiquées usuellement sur la montagne et une réaction disproportionnée du leader Sherpa ayant entrainé l'effusion de violence.

Par delà le fait divers en partie grossi par les médias, interrogation des rapports socio-culturels à l'œuvre entre occidentaux au sens élargi et népalais, noués depuis plus d'un siècle maintenant...Ce vu de Kathmandu par un assistant de Miss Hawley, l'historienne de l'himalayisme népalais installée ici depuis 50 ans.

 

1/ Qu'est ce que l'Everest aujourd'hui ?

11/ Le privilège d'une clientèle riche opérée par les Sherpas

L'Everest, 8848m, plus haut sommet de la planète et emblème du Népal (appelé Sagarmatha en Népalais, Chomolangma en tibétain) est un sommet dont les deux voies normales, l'une népalaise, l'autre chinoise, sont majoritairement fréquentées moins par les alpinistes authentiques que de riches touristes sportifs au curriculum alpin fréquemment moyen voire insuffisant. Côté népalais, cette clientèle débourse en moyenne de 8 à 47000 euros pour décrocher son rêve, le prix variant selon la qualité du service (Par exemple, les clients les plus riches ont droit de coloniser la partie supérieure du camp de base, là où les moins nantis doivent se contenter de la partie basse). Pour les alpinistes amateur autonomes demandant un permis autre que la voie normale de l'Everest, le permis d'ascension à décrocher au ministère du tourisme s'élève à 9000 dollars par personne pour une expédition de 3 membres...

La main d'œuvre des Sherpas, du nom de cette ethnie basée dans la vallée du Khumbu au pied de l'Everest et phénotypiquement mieux adaptée qu'aucune autre à la haute altitude, a permis historiquement le développement de l'himalayisme : sans elle pas de conquête himalayenne au 20ème siècle ! Et aujourd'hui encore, qu'ils soient porteurs dans la vallée lors de la marche d'approche ou grimpeurs pour équiper la montagne et accompagner les candidats lors de l'ascension, leur présence est indispensable à la réussite des expéditions commerciales (celles-ci étant apparues à l'orée des années 1990, leur nombre s'étant accru de façon drastique depuis le nouveau millénaire). Ceux ci installent, le camp, font la cuisine, préparent la voie en l'équipant intégralement de cordes fixes et assistent les candidats dans leur progression sur les flancs de la montagne. Lors du printemps 2012, sur 546 membres ayant réussi l'ascension de l'Everest, la moitié était Sherpa. Sur le total des clients, moins de 10% étaient d'authentiques alpinistes.

12/ Le miroir d'une société de consommation (ultra)libérale avec son cortège de dérives

  • Une diminution continue de la proportion d'alpinistes parmi les clients des voies normales

D'un point de vue alpinistique, l'ascension de l'Everest est une course cotée F à PD+ selon le versant Tibétain ou Népalais, avec de rares passages d'escalade rendus extrêmes par l'altitude (quoique certains d'entre eux soient équipés en permanence, à l'image de l'échelle du second ressaut de la voie normale côté tibétain, posée par les chinois en 1975). Une voie peu difficile dans l'absolu mais très engagée par l'altitude et la longueur, nécessitant un connaissance indispensable des bases de l'alpinisme et une expérience plus que conséquente pour s'y lancer en alpiniste autonome.

Or criblée de cordes fixes, avec oxygène (pour un certain nombre dès le camp 2 à 6300m) et l'aide (pour ne pas dire l'assistanat) des Sherpas, elle devient une via ferrata accessible à tout sportif de niveau moyen et en aucun cas une affaire d'alpinisme...Un alpiniste norvégien, Tormod Granheim, rapporte ainsi qu'à son retour d'une tentative à ski côté tibétain, il n'a vu aucun clients porter de piolet...De même côté népalais, certains observateurs nous rapportaient un fait nouveau la saison dernière : des clients trop fatigués appelaient fréquemment leur Sherpa attitré pour les aider à changer leur poignée jumar (permettant de se hisser le long d'une corde avec le moindre effort), d'une corde fixe à l'autre...

  • Des motivations tenant essentiellement à la gloire personnelle, au carriérisme ou à l'entrée au livre des records !

Afférent à ce défaut de connaissance et de vécu d'alpiniste, consumérisme et individualisme mêlés font des ravages, hors la réussite point de salut ! Ainsi récemment, un alpiniste britannique, la 50aine bien tassée et surcharge pondérale prononcée, refusait-il de nous livrer son récit : il avait du être héliporté du camp de base sans même pouvoir débuter son ascension, ayant contracté un début de mal d'altitude (chose pas exceptionnelle). Craignant pour sa réputation (sic), l'intéressé a décidé qu'il témoignerait uniquement en cas de réussite, refusant d'être comptabilisé tant qu'il ne parviendrait pas au sommet ! De façon plus ambitieuse viennent ensuite ceux qui jouent leur carrière sur la montagne, comme lors de cet épisode du printemps 2012 où une prétendante a cru judicieux d'utiliser l'Everest pour son opération marketing : Shriya Shah Klorfine, canadienne de 33 ans, elle aussi sans antécédent alpin, avait décidé de réaliser l'ascension de l'Everest pour booster sa carrière de « motivationnal speaker » ! Parvenue au sommet le 19 Mai à 14h (une journée d'affluence record au sommet avec 233 ascensionnistes !), l'inconsciente est morte de fatigue à 8400m d'altitude lors de la redescente.

 

EverestLa fameuse file indienne du 19 Mai 2012 en route pour le col sud...(Photo Ralf Dumovitz)

Différemment ambitieux arrivent enfin les plus alpinistes du lot, certains professionnels. Parmi eux, les protagonistes des records qui ont tendance à s'affirmer depuis la décennie 2000 : plus vieux, plus jeune, premier de telle nation, premier avec jambes artificielles, premier aveugle etc...Si ces records peuvent parfois avoir des raisons saines sur le fond (en lien au handicap par exemple), pour le reste, le néant le rivalise souvent à la bêtise (qui des plus vieux au sommet cette saison, Miura ou Bahadur ? On vous tiendra au courant bien sur ;)), y compris sur le strict plan sportif (le plus rapide...). Et de fait, aucunes de ces entreprises n'a de valeur en terme alpinistique, toutes employant le même itinéraire aseptisé, sans aucune notion d'engagement autre que celle liée à la présence dans un environnement hostile. Mais dans tous les cas, des plans de communication toujours authentifiés comme alpinistique par les grands médias, de par cette seule étiquette fantasmatique derrière ces termes tronqués : Everest / 8000 / le plus haut.

13/ Entre deux mondes, une société Sherpa en pleine mutation

Face à cette évolution et son cortège de valeurs qu'ils s'approprient de plus en plus – celles d'une société (ultra)libérale basée uniquement sur l'image et la performance individuelle, les Sherpas aspirent de plus en plus à être reconnus aux yeux du monde en reprenant progressivement la propriété de leur montagne. On ne compte plus ainsi les records d'ascension (d'Ang Rita à Apa Sherpa, parvenu 21 fois au sommet...), de vitesse (record établi entre 2003 et 2004 par Pemba Dorjee et Lakpa Gelu avec oxygène), l'image des Sherpas étant devenue de plus en plus médiatique au fil des 20 dernières années, avec ses icônes (dont beaucoup, une fois riches, quittent leur propre pays, à l'image d'Apa parti vivre aux Etats Unis...) et ses polémiques parfois (concernant l'établissement du record de vitesse d'Avril 2004).

angritaAng Rita Sherpa, premier homme au monde à avoir réalisé 10 ascensions de l'Everest, toutes sans oxygène dont une en hiver (record toujours d'actualité). Star d'hier aujourd'hui tombée au second plan (et dans l'alcool), lui a moins su gérer son image médiatique que ses successeurs...

Cependant si cette tendance s'accentue, sur leur terrain, les Sherpas employés par les expéditions sont toujours soumis ultimement aux mêmes positionnements socio-culturels inconscients de leur clientèle, confondant trop souvent Sherpa et autre inférieur...Traités habituellement comme tels au cœur des expéditions, ne pouvant s'affirmer non plus devant ces alpinistes occidentaux trop forts techniquement, quand les Sherpas récupèreront-ils leur montagne et la fierté qui leur échoit ?! L'évènement survenu à l'Everest, exceptionnel par son intensité, témoigne radicalement de ce besoin de reconnaissance, alors même qu'il s'est trompé de manière – c'est à dire révélé ici par une violente réaction d'égo liée à une vexation alpinistique...mais pas forcément de cible !

 

2) Un fait divers grave aux effets grossis par le buzz médiatique :

  • Des alpinistes professionnels violemment expulsés de la montagne.

Le 27 Avril dernier, le trio composé des alpinistes de haut niveau Simone Moro (49ème séjour au Népal!), Ueli Steck (12ème expédition) et le novice Jonathan Griffith, choisissent d'aller s'acclimater au Camp 3 de l'Everest (7200m) en rejoignant la tente laissée par leurs collègues russes également alpinistes de haut niveau, Denis Urubko et Alexei Bolotov. Tous les 5 font partie de l'élite internationale des alpinistes, 2 d'entre eux, Steck et Urubko, ayant notamment obtenu un Piolet d'Or dans les années récentes.

 
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Un trio d'excellence en partance pour l'un des plus beaux objectifs himalayens : la face sud ouest de l'Everest. La cordée envisageait l'ouverture d'une nouvelle voie en style alpin...

(Photo : Jonathan Griffith)

Si le tandem russe était monté précédemment au devant des équipes de Sherpas installant les cordes fixes, le trio européen aura mal choisi son moment en entreprenant leur ascension au moment même où une équipe était justement en train de faire ce travail. La suite a été largement décrite : le trio décordé avale la face glaciaire en un clin d'œil, prenant soin cependant de grimper 50 mètres en parallèle à la ligne des Sherpas, laissant penser qu'il y a de la place pour tous sur la montagne. Seul hic, pour rejoindre leur tente, le trio doit traverser la ligne de cordes entrain d'être posée par le leader. C'est après que Griffith eut traversé la ligne et alors que Steck était entrain de faire de même que le chef Sherpa a perdu la raison, descendant alors en rappel jusqu'à Steck, cherchant à provoquer l'altercation en le poussant. Le Sherpa explose alors, Steck s'excuse comme il peut, proposant même de finir le travail de pose lui même ! Simone Moro arrivé entre temps, le Sherpa brandit son piolet en sa direction, les choses s'envenimant définitivement après une ultime malheureuse volée d'insulte en népali que Moro pratique un peu.

Immédiatement après, le chef Sherpa décide alors de poursuivre sa descente et rappelle avec lui tous ses hommes au camp 2. Dans le même temps, Ueli Steck et ses compagnons finissent de poser les 260m de cordes fixes jusqu'au camp 3. Le trio décide immédiatement après de redescendre au camp 2 pour « mettre les choses au clair », selon les termes de Simone Moro échangés par radio avec le camp. Peu après son arrivée, les infortunés vont alors commencer à faire les frais de l'emportement du chef Sherpa, qui entre temps avait réussi à rallier une cinquantaine d'autres collègues à sa cause (dont on aura jamais le fin mot les jours qui suivent...). Ceux ci ont alors commencé à molester les 3 occidentaux implorant, des pierres auraient également été lancées (dont une aurait atteint Steck), cinquante autres personnes, Sherpas et occidentaux mêlés ayant assisté passivement à la scène. Seuls les guides Melissa Arnot et Marty Schmidt s'interposeront (Schmidt se ramassant une pierre), leur permettant d'éviter le lynchage et d'obtenir l'évacuation salvatrice vers le camp de base ! Après accalmie, le chef Sherpa a indiqué aux 3 infortunés qu'ils disposent d'une heure pour plier l'ensemble de leurs bagages et quitter les lieux, sous peine de mort...

  • Des alpinistes dans leur plein droit. Le craquage et la faute du chef Sherpa.

D'un point de vue juridique tout d'abord, les alpinistes étaient dans leur plein droit, aucun règlement autre que tacite ne réservant un droit spécifique des Sherpas à pouvoir interdire l'accès à la voie normale le temps de l'exercice de la pose des cordes fixes. Ainsi les jours précédents l'évènement, Denis Urubko et Alexei Bolotov les avaient-ils déjà précédé dans leur travail en allant poser une tente au site du Camp 3, fait qui n'aura occasionné aucun vague. Rien n'interdisait donc juridiquement l'évolution des alpinistes avant ou en même temps que les Sherpas. Plus encore, l'équipe était en possession de leur permis d'accès à la face ouest du Lhotse (par où passe la voie normale de l'Everest pour rejoindre le col sud), comme à celle de la face sud-ouest jusqu'à l'arête ouest ! Rien ne leur interdisait donc non plus de vouloir s'acclimater sur cette voie normale, facile à leur niveau, avant d'attaquer leur véritable objectif, la face sud ouest ou l'arête ouest.

A défaut ensuite de ne jamais pouvoir obtenir la version exacte des faits (autre que celle donnée par les intéressés et d'autres témoins dans les médias), une chose paraît claire : selon Miss Hawley et bon nombre d'observateurs, ce qui a mis le feu au poudre, à la faveur d'une fin de journée de dur labeur dans le vent et le froid, c'est le triple affront fait au chef Sherpa par cette équipe, qui sous ses yeux :

  • aura grimpé la même voie en solo intégral (c'est à dire décordé) bien plus rapidement (une fois encore, les protagonistes européens sont des alpinistes de haut niveau)

  • aura traversé sa ligne entrain d'être installé (le prétexte pour entamer l'altercation)

  • l'aura insulté lorsqu'il commençait à menacer la sécurité des deux alpinistes Steck et Moro (culturellement, la faute ultime dans le monde Sherpa)

« Le chef Sherpa n'aura pas supporté de perdre la face, la pire humiliation pour un asiatique ». Si l'effusion de violence ayant suivi au camp 2 relève « du jamais vu » selon elle, la réaction de cette relation difficile entre Sherpa et alpinistes était cependant déjà connue, d'autres alpinistes comme Steve House en ayant témoigné lors d'autres expéditions récentes, toujours lors de cette même phase d'acclimatation sur les voies normales avant d'entamer l'objectif en lui même.

  • Un grossissement des faits liés au buzz.

Si l'on a pu lire que les Sherpas avaient initialement dérapé à cause d'un morceau de glace qui aurait entaillé un de leur camarade lors de la traversée du trio sur leurs cordes fixe (fait unanimement démenti depuis, dans la mesure où aucune trace de blessure sur aucun d'entre eux n'a été trouvée depuis), à la lecture des articles sur le web on aura pu croire que le trio a été frappé puis a commencé à subir des jets de pierre de la part d'une cinquantaine de Sherpas. Or les effets physiques de ces violences retranscrites n'étaient pas du tout palpables à Kathmandou lors de leur interview (Mardi 30 Avril dernier), du moins sur les parties visibles en short et t shirt ! Lorsque nous avons cherché les marques de blessures (bleus cités dans la presse, coupures etc...) sur les intéressés, aux bras, aux jambes ou au visage, ceux ci n'avaient guère plus à nous montrer qu'une vague trace de coupure sur la lèvre pour Steck (ladite pierre...), un doigt cassé pour Moro et rien pour Griffith, hormis quelques égratignures. Si la violence des faits au Camp 2 ne saurait être remise en question vu le nombre de témoins, les médias l'auront toutefois éxagérée s'agissant des dommages corporels réellement engendrés, un combat de 50 contre 3 à mains nues ne pouvant laisser aussi peu de marques !

simone-moro-everest-interview_66834_600x450La photo d'une autre expédition de Simone Moro : vue en miniature comme accroche de l'actu sur le site de National Geographic, on peut croire aisément à la vision d'un homme fraîchement roué de coups !

 

3/ Analyse, enjeux et prospectives.

  • Retour à la (voie) normale … pour tout le monde !

Que s'est il passé ensuite ? Dès les évènements, nombre de patrons d'agence s'étaient de suite empressés de découvrir avec soulagement ou non si l'un des Sherpas faisait partie de son équipe (dixit Moro lors de son interview) puis les officiels népalais présents sur place ont pris les choses en main. Les fautifs, bien connus des infortunés (deux d'entre eux parmi les agresseurs étaient avec Steck au sommet l'an dernier ; « je leur avais offert chacun un coca », se lamente t-il, dans un rictus dépité...) risquent maintenant des sanctions, si ce n'est de la part de leur propre agence, certainement du ministère du tourisme (qui dès l'annonce de l'évènement, annonçait publiquement son regret pour l'image du Népal et de la venue des publics d'alpinistes...) et de la justice népalaise...

Un officiel népalais aurait sinon dores et déjà évoqué l'idée d'interdire tout bonnement aux alpinistes l'accès à la voie normale par delà les lignes Sherpas lors de la phase d'équipement de la voie normale. Une telle réglementation, si elle ne ferait qu'affirmer un peu plus le statut d'autoroute aseptisée de la voie normale, n'empêchera cependant pas les alpinistes de revenir...Ainsi, Simone Moro est-il déjà reparti travailler dans la même région de l'Everest en tant que pilote d'helicoptère dédié aux secours. Steck et Griffith, revenus respectivement en Suisse et en France reviendront certainement dès l'année prochaine pour retenter le même itinéraire. C'est que l'Everest est vendeur pour tout le monde, agences et alpinistes pros. Côté Everest, aucun retour à signaler depuis ce jour, les 36 expéditions en place versant népalais continuent leur ascension...Le problème entendu ici n'a donc ultimement rien à voir avec la question du style employé ou à défendre, il s'agit d'abord pour chacun de préserver son business.

  • La « cause Sherpa », une cause entendue des alpinistes ?!

Par delà la légitimité d'une pratique professionnelle, dont a témoigné l'ensemble des réactions de la part de grands alpinistes (NB médiatiques ^^) tels Steve House, Artur Hajzer...on notera cependant avec intérêt que tous ont unanimement fustigé la réaction Sherpa en se contentant de baser leur argumentaire uniquement sur un positionnement type : « les alpinistes authentiques n'ont plus droit de cité à l'EVER / voilà comment on traite notre alpinisme à l'origine de leur employabilité aujourd'hui, /chacun a le droit d'entreprendre ses affaires sur une montagne appartenant à tout le monde » etc...A l'image de la clientèle de ces mêmes expéditions fustigées, toutes formes de positionnement dénotant bien ultimement ce même reste de mécanisme d'appropriation post-colonial inconscient de la montagne et de ses habitants !

Ainsi, si lors de son interview à Kathmandu auprès de Miss Hawley le 30 Mai dernier, Simone Moro en présence de ses deux camarades a su présenter des arguments convaincants pour se disculper de toute « effraction » commise lors des évènements (y compris de l'injure initiale, partie toute seule sous la menace du piolet...), il y a fort à constater cependant qu'aucune forme de réflexion n'a depuis émané des intéressés qui, à la fin d'une interview à chaud pour UKC, avançaient pourtant : « The three climbers feel that they don't believe that their actions were the reasons behind such a mass attack. They believe that the reaction was from a far more deep rooted and long term problem, which is the way that Nepalis feel treated by Westerners on the mountain and this was a uprising against that ». Trois jours plus tard à Kathmandu, cette réflexion était déjà bien loin : la priorité était à chercher à se disculper un maximum afin de soigner au mieux sa communication pour préparer la suite.

  • La société Sherpa aujourd'hui : une société en pleine mutation pétrie d'inégalités

Si les alpinistes revendiquent leur légitime présence sur la montagne, et les actes perpétrés ici ne sauraient que leur donner raison, les Sherpa, natifs du pied de la montagne, commencent seulement à revendiquer à leur façon cette appartenance et par là leur propre légitimité.

 

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Ce que le touriste peut voir en grand à l'entrée du Thamel, avec ce slogan : « Fabriqué au Népal, juste comme nous ». Un semblant de slogan nationaliste pour l'affirmation foncière d'un groupe ethnique sur fond de commerce juteux (Sherpa commercialise des vêtements de montagne).

Ainsi si la majorité des agences proposant des ascensions au Népal étaient souvent gérées à l'origine par les occidentaux (« Himalayan Experience » par exemple, la société de Russel Brice, himalayiste néo zélandais réputé des années 80 et créée il y a plus de 20 ans déjà et en activité chaque année sur les flancs de l'Everest), à la faveur du développement socio-économique sans précédent ayant sévi dans la vallée de l'Everest les 20 dernières années, de plus en plus de Sherpas se sont convertis avec un succès croissant à la création d'entreprise, traduisant concrètement l'envie de prendre en main le développement de cette manne économique ultra-lucrative. Beaucoup sachant ainsi manier la calculatrice mieux que leurs congénères ont déjà visité une bonne partie du monde, des Etats Unis à l'Europe en passant par le Japon et les pays du sud-est asiatiques...

Hier simples exécutants des sahibs, aujourd'hui chefs d'entreprises extrêmement rémunératrices, ce changement ne signifie pas forcément cependant amélioration des conditions de travail pour les Sherpas employés in situ. A l'image de l'agence « Seven Summit Treks » (dirigeants : Chhang Dawa et Mingma Sherpa, les premiers frères détenteurs du challenge des 14 8000m...), certains de ces nouveaux chefs d'entreprise népalais n'hésitent pas à casser leur prix auprès des clients tout en sous payant leur propres employés, proches naïfs débauchés du fin fond de leurs vallées...Le droit du travail, peu ou prou inexistant, attendra !

Mais si les Sherpas mettent de plus en plus la main sur le business des expéditions à l'Everest et sur les autres grands sommets, que ce soit sous gestion népalaise ou occidentale, un fait ne varie pas : les exécutants sur le terrain sont soumis à la même considération socio-culturelle d'une clientèle confondant trop fréquemment Sherpa et inférieur ! Ce type d'attitude, jusqu'alors acceptée par atavisme culturel (les Sherpas sont originellement bouddhistes d'obédience tibétaine, pacifistes en somme), commence à déteindre aussi dans les comportements, un mépris répondant à l'autre, les Sherpas se moquant volontiers du spectacle de touristes parfois trop en deça de leur objectif ou prenant la mouche lorsqu'ils se font doubler par quelques alpinistes occidentaux meilleurs qu'eux.

S'agissant de technique alpine justement, il faut aussi savoir enfin que si les Sherpas sont le moteur des ascensions commerciales à l'Everest (en ayant majorité recours à l'oxygène), leur bagage technique n'est cependant encadré par aucune formation technique népalaise reconnue par l'UIAGM, contrairement à nos Guides de Haute Montagne formés à l'ENSA. (Cette dernière avait tenté officiellement des actions de formation auprès des népalais, mais dans les faits au final, celle ci n'avait débouché que sur la formation d'un seul guide guide de haute montagne en 2008...). Les structures de l'état en sont pour le moment encore incapables, la NMA (Nepal Mountaineering Association) ayant un pouvoir et des moyens dérisoires face à un ministère du tourisme corrompu...

 

En guise de conclusion... un vœu pieu pour la Déesse Mère des Vents !

Le fait que les voies normales de l'Everest soient devenues un cirque où l'alpinisme n'a plus sa place n'est pas un scoop. Par delà les actes pathétiques perpétrés sous le camp 3 puis au camp 2 de l'Everest, que les Sherpas aspirent à gagner la considération qui leur échoit en se réappropriant leur montagne après les sahibs au 20ème siècle et selon leurs valeurs en sera peut être un...Qu'en chacun des occidentaux enfin, alpinistes professionnels comme candidats à l'ascension des 8000 commerciaux, puisse demeurer des restes de positionnement inconscient post colonial devrait en tout cas interroger ou servir d'incitation à se poser des questions quant à sa propre façon de voyager en rapport à d'autres cultures, sur l'Everest comme sur d'autres montagnes de pays « sous-développés ».

Comme le disait Bonatti : "Les grandes montagnes ont la valeur des hommes qui se mesurent à elles. Sans cela, elles ne sont que des tas de cailloux ! ». A chaque alpiniste de définir le sens des valeurs qu'il entend porter sur les cimes du monde. Choisissant de gravir tel sommet de tel pays, on devient immanquablement acteur du développement de ce pays et hôte de celui-ci (c'est à dire avec des devoirs!). A chacun de considérer sa responsabilité en jeu. Entre tentation d'ingérence ou évitement (plus ou moins colonial) de la question, on aura alors tout le loisir de conscientiser les paradoxes de son positionnement, dépassant largement celui du seul consommateur de loisir !

 Rodolphe Popier, Kathmandu, 6 Mai 2013

 

Sources :

A propos de l'attaque :

http://www.ukclimbing.com/news/item.php?id=68020

http://news.nationalgeographic.com/news/2013/13/130502-mount-everest-fight-simone-moro-interview-sherpas/

http://www.alpineexposures.com/blogs/chamonix-conditions/7815849-everest-final-release

 

Réactions d'alpinistes médiatisés :

http://www.explorersweb.com/info.php?area=expeditions

http://urubko.blogspot.com/2013/05/khumbu-wars.html

 

Quelques articles moins consensuels de la presse nationale :

http://news.nationalgeographic.com/news/2013/13/130501-mount-everest-fight-sherpas-sahibs-world-mountain-climbing/

http://www.guardian.co.uk/world/2013/may/05/sherpa-resentment-fuelled-everest-brawl?commentpage=1

http://www.himalayamasala.com/himalaya-blog/everest-lawlessness-and-expedition-industry

 

A propos des ascensions commerciales :

http://www.tourism.gov.np/menu.php?p=28&page=Mountaineering%20Royalty (la page du cout des permis à l'Everest et sur les autres sommets du Népal)

A lire : le livre de David Durkan, « Penguins on Everest », récemment paru et cautionné par rien moins que Doug Scott (ayant signé la préface), Chris Bonington et Reinhold Messner. Celui ci fait le point de manière piquante sur l'évolution de l'alpinisme sur les flancs de l'Himalaya, de 1950 à nos jours.

 

Pour plus d'informations sur l'Everest et l'himalayisme népalais :

http://www.himalayandatabase.com/

le site internet présentant les travaux de l' « Himalayan Database », les archives de Miss Elizabeth Hawley recensant l'intégralité des expéditions au Népal de 1905 à nos jours.

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22 mars 2013

"En quête de plus grand - Une vie de montagnes et d'explorations" de Jean Bourgeois, aux Editions Névicata

Après la lecture d’une autobiographie comme celle de Jean Bourgeois, à l'instar de celles d'un Raymond Renaud ou d'un Robert Flematti, on reste scotché par la vie et l'itinéraire remarquables qu'ont pu connaître certaines personnalités du milieu alpin, mais surtout on est heureux une fois encore de la portée de ce type de témoignage sur un plan humain. Car par delà les aventures – les épopées même ! – grisantes d'un alpiniste globe trotter de premier plan et la variété des domaines intellectuels dans lesquels il s'est épanoui (technicien en astronomie, ethnologie, astrologie, geobiologie...), dont témoigne simplement la fraîcheur et la maîtrise de son écriture, c'est bien une personnalité, un être humain authentique avec ses forces, ses doutes et ses émotions qui a choisi de se raconter ici. Robert Paragot ne s'y est pas trompé, rendant hommage dans sa préface à « un ouvreur de chemins que pourront parcourir les jeunes générations ».

1958 JBourgeois a_ Freyr sous la neigede l'alpinisme : « toute occasion est bonne pour améliorer mon endurance et ma résistance au froid ». Freyr, 1960.

 

1958_Freyr_020à l'astronomie : « Jean au foyer du prestigieux téléscope d'un mètre d'ouverture de l'observatoire du pic du midi, 1985 »

25 Dalles aux multiples patines 2 en passant par l'ethnologie : « une des nombreuses dalles gravées de la vallée de Laghman. Au centre, une écriture en caractère tcharada pourrait permettre de dater les gravures ayant la même patine, Chalatak, novembre 1970.

Ecrit à 75 ans, son témoignage n'en est que plus fort : après une quête agnostique aventureuse effrénée de (toujours !) plus grand, l'auteur a fini par prendre refuge dans la seule dimension de l'humain. Certaines de ses réflexions dispensées en filigrane le long du chemin traitent ainsi de ses choix de vie, concernant la montagne, le couple ou l'amitié. Ces remises en perspective, en question parfois, auront de quoi nourrir la réflexion de tout un chacun. Qu’ils s’agisse de son positionnement quant à sa responsabilité d'homme et d'alpiniste, la gestion de la vie de couple – rendue ici notablement difficile par le niveau d'engagement des entreprises (comment ne pas se juger trop dur ou intransigeant à posteriori lorsqu'il a fallu faire le choix de quitter son conjoint plusieurs mois durant ?), la relation à ses compagnons de cordée et leurs ambitions (des plus égocentriques, éternellement avides de reconnaissance, aux plus « détachés »...pas moins en quête d'eux mêmes !). 

1960_1980_dolomites_005« Claudio Barbier dans son élément, les Dolomites, Cima di Campiglio, 1964 ».

 1982 JBourgeois Everest e_quipe« L'équipe de l'expédition hivernale 1982 1983 à l'Everest, sur fond de cascade de glace :

A l'arrière : Michel Mabillon, René Ghilini, Emmanuel Schmutz, un visiteur, Alain de Blanchaud, Pierre Alain Steiner.

A l'avant : Jean Bourgeois, Louis Audoubert, Michel Metzger, Marc Batard et Michel Piola. »

Un éventail de personnalités et de motivations exceptionnelles approchées sans équivoque ! 

De son histoire familiale difficile à ses cirvonvolutions aux 4 coins de la terre en compagnie d'alpinistes aventuriers d'exception (Terray, Barbier, Heinrich, Mroz, Fréhel, de Roos etc...), des moments exceptionnels en Afghanistan avec sa compagne Danielle en passant par les grandes classiques des Alpes et l'Antarctique aux récits de survie inédits au Noshaq, dans les Andes et à l'Everest (où le survivant assiste une nuit, hagard dans le désert tibétain, à une éclipse totale de lune), de sa sortie de l'alpinisme de haut niveau jusqu'à l'accompagnement en fin de vie de ses proches...une fois refermé le livre du « concerto de sa vie » qu'il a souhaité jouer noir sur blanc, on en vient à vouloir remettre en perspective pour soi le dilemme existentiel que Jean Bourgeois distille tout au long de ses pages : si le risque en vaut la chandelle et sert l'alpiniste en quête de soi (et au delà), qu'en est il de cette quête dans la relation à (celle de) ses proches ? 

1967 JBourgeois Afghanistan nomades caravane« Lorsque nous emboitons le pas à cette caravane de nomades afghans, nous ne savons pas que nous (NDLR : Jean et Danielle) vivre une expérience qui marquera notre vie à tout jamais. Province de Ghazni, mai 1968. »

Si le désir de réalisation individuelle de l'alpiniste et ses effets psychologiques en partie néfastes sur son entourage amèneraient presque l'auteur à accepter finalement pour lui-même l'avis commun de notre société étiquetant l'alpiniste d'éternel adolescent un peu irresponsable et à épouser un positionnement plutôt fataliste – ainsi à son retour en Belgique où il fit la une des médias suite à sa (salvatrice) disparition du côté nord de l'Everest, l'énervement le prit à la lecture d'un gros titre le présentant comme « un homme maître de son destin » ! De l'autre, impuissant, on serait tenté de plaider malgré tout en sa faveur par une des phrases tirée de sa même expédition de 1982, allant au moins dans le sens de l'alpiniste acteur de sa vie ! « Marchant vers la Grande Ourse et la Polaire, je redeviens un voyageur cosmique et l'inconnu recule ». Alors même qu'il revient de l'enfer, d'un seul élan contemplatif le quêteur de cimes, d'étoiles et de soi mêlés reprend en main le cours de son existence...De même sa lettre publiée en 1976 dans « La montagne et alpinisme », écrite le surlendemain d'un accident survenu dans les Andes, illustre-t elle à merveille cet élan vital de l'alpiniste vers la connaissance : « Je crois faire partie de cette espèce d'hommes qui dirigent leurs activités pour augmenter les chances de le rencontrer, ce moment où l'on n'est pas encore mort, mais peut être plus tout à fait vivant. Est ce un souci morbide ? Je ne le pense pas : tôt ou tard, nous serons tous confrontés à cet instant suprême, celui du basculement  irrémédiable de notre vie d'homme dans ce qu'on appelle la mort. Ce moment unique, mystérieux, je le tiens pour merveilleux : c'est l'expérience ultime de toute une vie, l'expérience que nous vivrons avec la plus grande maturité que nous puissions acquérir. Voilà bien celle que je désire réussir au mieux ! Je ne joue donc pas follement avec la mort : pour moi aussi elle doit venir le plus tard possible, car chaque année gagnée me permet de mûrir un peu plus et donc d'y être mieux préparé. (...) La mort est la compagne fidèle de ma grande amie, la vie. »

1976_Perou_002« La face ouest du Nevado Carnicero (5980m). La crevasse qui se trouve juste sous les corniches sommitales est celle qui, en s'ouvrant, a « avalé » les trois alpinistes, Andes de Huayhuash, Pérou, 1976. »

Si l'alpiniste à visage humain cherchera toujours son équilibre entre désirs d'ascensions (toujours « en quête de plus grand » !) et vie en société à assumer au mieux (d'une connaissance intime à une connaissance davantage reliée), ce livre palpitant, à sa façon, en est un témoignage sincère à inscrire dès que possible dans sa bibliothèque.

 

                                               

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23 février 2013

Les Editions Guérin publient un livre sur l'entreprise Petzl

« Petzl, La Promesse des Profondeurs »,

Éditions GUERIN

De Sophie Cuenot et Hervé Bodeau,

Janvier 2013

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« Kairn.com » était présent le 15 Janvier dernier à la Maison de la Montagne de Grenoble pour la soirée de présentation du nouveau livre des Éditions Guérin consacré à l'entreprise Petzl, ce en présence de Paul Petzl et des auteurs.

Ces derniers ont insisté quant à leur conviction fondamentale dans le concept du livre : raconter « un petit roman de la verticale », revisiter l'histoire de l'alpinisme et de l'escalade de l'envers du décor, à travers l'évolution du matériel et de ceux qui le produisent. Une première et un pari réussi car si la marque est effectivement bien connue de tout pratiquant, d'aucun auront pu se douter de son intérêt historique intrinsèque avant de se plonger dans cette lecture.

De son côté, Paul Petzl a tenu à rappeler que l'entreprise telle qu'elle est aujourd'hui (en pleine santé, avec pas moins de 600 collaborateurs entre France, USA, Malaisie et Roumanie...) n'aurait rien été sans la passion de son père pour la spéléologie, qui permit de faire rentrer le monde de la verticale dans celui d'une famille d'entrepreneurs-innovateurs nés ! De fait, si Émile Petzl, le grand père de Paul originaire de Roumanie a déterminé l'ancrage de la future entreprise en venant s'installer après moult rebondissements sur Grenoble (et en déposant déjà quantité de brevets, dont un improbable « anti-monte lait »!), c'est bien à Fernand Petzl (1913-2003), modeleur à son compte dès 25 ans et chef de file de l'exploration de la Dent de Crolles (en compagnie d'un certain Pierre Chevallier du GHM) et du Gouffre Berger des années 30 aux années 50 que l'entreprise doit sa pleine intégration au monde de la verticale.

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 Fernand Petzl avec Pierre Chevallier. Coll. Pierre Petzl.

Au fil des pages, on découvrira ensuite, en filigrane à cette saga familiale (qui à elle seule vaut la lecture) comment l'entreprise a su s'imposer avec les décennies comme une référence incontournable de la verticale au niveau international.

Des inventions nées du cerveau perpétuellement bouillonnant de Fernand et d'autres collaborateurs (noter à ce propos l'épisode croustillant de la naissance de la première lampe frontale!) aux coups de sang de Paul pour toujours maintenir son entreprise à l'avant garde de l'innovation, des collaborations multiples avec les plus grands représentants du monde sportif (de Yannick Seigneur au pilier ouest du Makalu à Mike Horn au Pôle Nord en passant par Lynn Hill, Jean Marc Boivin et bien d'autres...) à celles avec différents secteurs du monde professionnel (des pompiers de New York aux élagueurs, du GIGN aux secouristes et aux travailleurs sur corde...).

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 La première frontale électrique Petzl « tout sur la tête ». Collection Petzl.

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 La première camisole de force tout terrain fut également inventée par Fernand Petzl sur conseil de ses amis et proches, ce afin de tenter de contenir les spasmes de son cerveau en perpétuelle ébullition ! Un remède de fortune heureusement avéré inefficace... Collection Pierre Petzl.

Des actions de communication (telles le « Peztl Roc Trip », ayant notamment révélé le site de Kalymnos au monde de l'escalade), de formation (comme « VAxess », le site de formation spécialement dédié aux professionnels du vide) ou d'intérêt général et de sensibilisation (marqué par la création de sa propre fondation en 2005, qui dès 2006 militait pour la recherche d'un compromis afin de préserver le patrimoine unique du refuge de l'Aigle...)...

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 L'affiche de « Navalameca », une comédie musicale pas comme les autres...Collection Petzl.

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 Projet de rénovation du refuge de l'aigle. Un des engagements symboliques et culturels marquants de Petzl dans le monde alpin. Collection Fondation Petzl.

A l'issue de cette lecture et en écho à son pari initial, on en vient naturellement à faire le rapprochement entre passion de l'engagement propre au monde de la verticale et à celui de l'entreprise. Car au delà de toutes les péripéties ayant marqué ses développements successifs, c'est bien au fond toujours de cette même et permanente capacité de remise en question, d'exigence et de croyance résolument optimiste en l'homme que le succès nait et dure. Ce livre en est l'expression à la source, à la fois sobre et passionnante. Message efficacement appuyé par un excellent travail d'illustration photographique, donnant à goutter au charme de tant d'époques traversées.

Une percée novatrice dans le monde du livre de montagne, à inscrire dans sa bibliothèque dès maintenant !

Rodolphe Popier

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17 novembre 2012

Patrick Edlinger est mort

Patrick Edlinger RIP. Forever the most outstanding french figure of free climbing...and as well a remarkable less known ice climber, with notably great solos in the Ecrins Range. Hopefully both Patrick legends can climb together again now, somewhere between their original Mediteranean seashore and best spots of the Alps.

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13 août 2012

Sortie BD sur Mummery !!

« L'invention du vide » de Nicolas Debon

Aux Éditions Dargaud

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« L'alpiniste est un vagabond », un explorateur d'espaces vierges...

Ainsi s’ouvre la dernière bande dessinée de Nicolas Debon consacrée à la mythique première ascension du Grépon. Plus précisément à la période du 29 Juillet au 3 Aout 1881, durant laquelle la cordée Mummery – Burgener – Venetz parvient à mettre dans sa besace les premières ascensions du Y à la Verte (branche de gauche), puis en trois tentatives celle des deux sommets du Grépon. Cette dernière ascension, réputée alors impossible, marquera par l’audace de sa conception et de sa réalisation la transition de l'alpinisme de conquête à celui dit « acrobatique ». En effet, des tentatives parfois loufoques de l'alpinisme de « l'âge d'or », où force échelles, fusées et autres artifices aux comportements parfois inattendus (comme lors d’une rocambolesque tentative à la Dent du Géant !) étaient utilisés dans la seule optique du sommet pour le sommet, l'alpinisme amateur de Mummery privilégiera désormais la recherche de la difficulté et avant tout une réalisation « by fair means »*, car comme le rappelle son promoteur, songeur devant les doutes de son guide : « Si nous devions nous contenter de ne suivre que des chemins praticables, la vie deviendrait terriblement monotone ».

(*NDLR : à titre historique, rappelons que « seulement » 30 années plus tard, le 19 Aout 1911, on retrouvera sur le même Grépon une cordée prolongeant à merveille l’exploit et l’esprit de la cordée de Mummery : les britanniques Geoffrey Whintrop Young, H. O. Jones et R. Todhunter, associés aux guides Joseph Knubel et H. Brocherel, parviendront alors à forcer le fameux versant Mer de Glace, autre moment d’anthologie de l’histoire de l’alpinisme...)

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Dans un genre où les exemples ne sont déjà pas légion – une fois écartée la saga japonaise du « Sommet des Dieux », l'initiative d'une reconstitution historique de la part d’un auteur de BD non alpiniste pouvait d’abord avoir de quoi surprendre. Le résultat est pourtant bien là. C'est que l'auteur a su laisser jouer son inspiration avec légèreté et humour sur un fil tendu entre réalisme historique et libre adaptation. Son traitement des personnages est ainsi à la hauteur de la légende, entre un Burgener ours superstitieux capable des plus beaux emportements (comme son coup de sang à leur seconde tentative, faisant suite à l’altercation d’un collègue à la prudence trop insistante!), un Mummery aussi pince sans rire qu'audacieux (vous apprécierez son désarroi flegmatique lorsque ses petits conforts aristocratiques du quotidien ne sont pas considérés!) et un Venetz* fantomatique à souhait (fumant sa clope décordé sur une vire, attendant qu’on le sonne du côté de la tête de cordée!)...Le graphisme très épuré, naïf presque appuie efficacement le propos, réservant parfois même quelques envolées esthétiques remarquables.

(*NDLR : comme le rappelle judicieusement l'auteur dans sa concise mais excellente note finale, rien n'a malheureusement filtré de Venetz jusqu'à nous, si ce n'est indirectement son brio technique en libre, exceptionnel pour l'époque. Rappelons d’ailleurs que « sa » fissure du Grépon réussit quand même à faire suer quelques ténors des années 80 ! Jean Franck Charlet, Hervé Thivierge et Chris Bonington firent également une répétition remarquable de la voie en style d’époque pour en célébrer le centenaire)

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« – Mais...Et au dessus ?! – Au dessus, Monsieur...? Asseyons nous un instant. »

Appuyé sur une recherche documentaire rigoureuse (une note en fin d'ouvrage permet de resituer avec clarté et précision les protagonistes, leurs faits essentiels ainsi que les sources de l'auteur) et un coup de crayon efficace, Nicolas Debon à su s’inspirer à merveille de l’âme de Mummery le visionnaire pour permettre au plus grand nombre de gouter avec simplicité et humour à l’essence même de l’alpinisme et tout son charme épique! Après avoir inventé l’alpinisme moderne, tel qu’il se pratique et défend aujourd’hui encore en terme de « traditionnel », Mummery disparaitra sur les flancs du Nanga Parbat en 1895, une fois encore en précurseur, cette fois de l’himalayisme et du style alpin* : l’invention de l’altitude prolongerait alors celle du vide…

(*NDLR : « à vue » sur un des versants vierges du plus colossal des sommets de 8000m, sans oxygène et avec une équipe légère !)

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Mummery à sa pause post-dinâtoire, contemplant les Drus de la terrasse de l'hôtel du Montenvers.

 

« L’invention du vide » de Nicolas Debon, paru aux Éditions Dargaud, est disponible dans vos librairies habituelles pour la modique somme de 16,45 euros TTC !

 

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06 juillet 2012

Sortie DVD des films de Gerhard Baur !

« Grandes Jorasses Face Nord » et « La Décision »,

deux films de Gerhard Baur réédités aux Editions Filigranowa !

 

affiche DVD

Remerciements : Jean-Philippe Guigou

 Crédits photos : Filigranowa & Gerhard Baur

 

Des nouveautés à surveiller du côté de Filigranowa ces temps ! Après le livre « La Couronne de l'Himalaya » relatant la conquête des 14 sommets de 8000m par Krzysztof Wielicki, c'est cette fois au tour des sorties DVD, avec deux documentaires historiques de Gerhard Baur réédités qui méritent eux aussi le détour !

« La Décision » (13 min, 1985) tout d'abord, court métrage de fiction bien connu, que tout skieur de pente raide devrait avoir vu ! L'on y suit les tergiversations d'un skieur alpiniste se projetant dans une descente qu'il repère au fur et à mesure de son ascension (NDLR : L'action se situe à la face nord du Piz Palü dans le Massif de la Bernina, en Engadin)...ce jusqu'au moment fatidique où il parvient au sommet de la descente : ira, ira pas ?!

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Bien que le film ait un peu vieilli avec son montage très « 80ies », la manière de retranscrire l'état psychologique du personnage, servi avec sobriété par son interprète-skieur Franz Seeberger ainsi que la beauté de la photo font toujours mouche ! « La décision » fit ainsi un vrai tabac à l'époque de sa sortie, gagnant pas moins de 17 prix dans les festivals internationaux ! Un classique incontournable, le film le plus primé de Gerhard Baur.

 

« Grandes Jorasses Face Nord » (45 min, 1986) relève d'un autre exercice. Pas moins remarquable du point de vue de sa réalisation, ce docu-fiction retrace l'historique des premières tentatives d'ascension de la face Nord des Grandes Jorasses dans les années 30, essentiellement celles des cordées allemandes qui, à l'instar des frères Schmidt au Cervin, devaient d'abord gagner Chamonix à vélo faute de moyens ! L'on y suit en particulier la tentative remarquable de la cordée Harringer & Peters de l'été 1934, Peters réussissant la première tant convoitée avec Meier l'année suivante.

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Aidé par des séquences de reconstitution remarquables des techniques d'escalade de l'époque in situ, doublé d'une photo là encore très belle, le film n'a pas pris une ride et permet une magnifique plongée dans l'ambiance « grand alpinisme » européenne des années 30. « Grandes Jorasses Face Nord » a d'ailleurs raflé pas moins de 5 prix dans les festivals internationaux, dont le Grand Prix du film de Banff...

Pour en savoir plus sur Gerhard Baur, le réalisateur :

http://www.filigranowa.com/pages/gerhard_baur.html

 

Au Éditions Filigranowa :

Le DVD « La Décision » & « Grandes Jorasses, Face Nord »,

à se procurer dans vos magasins habituels au prix de 24 Euros !

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19 juin 2012

Parution d'un livre sur Krzysztof Wielicki !

« La couronne de l'Himalaya – A la conquête des quatorze 8000 », Éditions Filigranowa

Remerciements : Jean-Philippe Guigou

Photos : collection Wielicki sauf exceptions mentionnées.

 

Si le nom de Krzysztof Wielicki ne vous dit encore rien, alors il est temps de vous procurer la dernière parution des Éditions Filigranowa ! Celle-ci consiste en la traduction de son ouvrage de 1997 relatant sa conquête du challenge des 14 8000m, ouvrage jusque là jamais retranscrit en français.

Entré dans la cour himalayenne en 1979, Krzysztof Wielicki mettra 16 ans à boucler son challenge, de 1980 à 1996. Si ses exploits égalent autant par leur conception ceux de Messner que par leur audace ceux de Kukuczka, lui est cependant parvenu à échapper au ballet médiatique de la compétition qui s'est acharnée sur les trois premiers lauréats du challenge, car comme il l'affirme simplement en introduction : « Pour conclure la conquête de ces géants de la terre, je n'ai rivalisé avec personne et je n'ai pas suivi le chemin de ceux qui me précédaient. J'ai conquis la Couronne exclusivement pour moi-même, pour confirmer mes capacités, pour étancher ma soif d'émotions et ma volonté de m'imposer, avec le désir de retrouver ma liberté dans les choix de mes objectifs d'alpiniste ». Sans doute est-ce cela qui aura entraîné sa moindre reconnaissance auprès du grand public ? La seule fois que son nom ait vraiment été médiatisé en France remonte à son accroc en 2004 avec Jean Christophe Lafaille, concernant la première hivernale contestée de ce dernier en face sud-ouest du Shishapangma (NDLR : contestée uniquement pour des raisons de calendrier).

 

Si dans ce livre l'auteur a fait le choix de ne pas développer ses ressentis et analyses personnels, reste pour l'amateur d'histoire himalayenne une passionnante recension de ses faits sur les 8000. L'auteur resitue d'abord pour chaque sommet sa topographie et l'historique de ses ascensions remarquables (jusqu'en 1996) avant de rendre compte de ses propres ascensions. Et à l'issue de la lecture, son palmarès donne le tournis !

Spécialiste bien connu des premières hivernales sur les 8000 dans les années 80, souvent sous la direction du légendaire précurseur Andrej Zawada, on découvrira dans ce livre comment furent réalisées ces premières mythiques sur l'Everest, le Kangchenjunga et le Lhotse (NDLR : pour ce dernier, en solo et avec un corset métallique porté suite à un accident!), soit 3 premières hivernales des 5 grands sommets de 8000m, dont une en solo ! On en apprendra également sur ses tentatives non moins exceptionnelles sur le K2 l'hiver 1986-87 avec le même Zawada et sur le pilier ouest du Makalu en solo (jusqu'à 7300m) l'hiver 1990 (NDLR : la première hivernale du Makalu sera réalisée par Urubko et Moro en 2009) !

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Au camp de base de l'Everest en 1980, la première hivernale du plus haut sommet de la planète, son premier succès sur un 8000, « peut être le plus grand » ! Photo : B.Jankowski.


A côté des ces ascensions mythiques, Krzysztof Wielicki a également répété des grandes voies techniques comme à la face Sud de l'Annapurna (voie Bonington), l'arête Nord du K2 (avec un bivouac délicat à 8300m à la descente), enchaînée juste après par la voie Kinshofer en solo au Nanga Parbat, ascension intégralement suivie depuis la vallée par les villageois ! Krzysztof Wielicki a également participé à un nombre copieux de tentatives sur certains des plus grands challenge des années 80 comme à la face Sud du Lhotse (avec 3 tentatives dont deux ont débouché sur l'arête sommitale, à 8200 et 8300m) ou au K2 en face Nord Ouest (voie terminée par la cordée Béghin Profit en 1991!) et en face Ouest (voie terminée par les russes en 2007!).

(NDLR : Il fera également partie de la « dream team » de Messner de 1989, notamment aux côtés d'un autre Christophe, Profit, qui l'introduira au Groupe de Haute Montagne en 2000)

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La face sud du Lhotse, enjeu majeur de l'himalayisme des années 1980, où disparut le grand Jerzy Kukuczka en 1989...

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En 1996, au retour de son dernier 8000, le Nanga Parbat, gravi en solo par la voie Kinshofer peu de temps après l'arête Nord du K2!

 

Citons également ses ouvertures lors de la même expédition de l'éperon Sud Ouest du Cho Oyu puis d'une nouvelle voie en face Sud Ouest du Shishapangma en solo – ses compagnons l'avaient dissuadé de repartir de suite en solo tenter une ouverture en face sud du Cho Oyu ! Également l'ouverture épique d'une nouvelle voie en face Est du Daulaghiri (ou il ouvre cette fois à gauche de la voie McIntyre-Ghilini, sans toutefois parvenir au sommet mais en rejoignant l'arête sommitale à 7800m) ainsi que d'une nouvelle voie en face Sud Est du Manaslu.

Rappelons enfin sa rapidité remarquable, comme lorsqu'il précède Jerzy Kukuczka au sommet du Kangchenjunga lors de leur hivernale de 1986, ou encore lors de son Aller Retour en 22h10 du Broad Peak par la voie normale le 14 Juillet 1984, record que Benoit Chamoux égalera de peu deux ans plus tard en 23h (NDLR avant son record de vitesse au K2).

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 Avec Jerzy Kukuczka, lors de la première ascension hivernale du Kangchenjunga en 1986, au camp 4 de la voie normale.

 

Après la réussite de sa « couronne impériale » et bien qu'ayant logiquement diminué son activité himalayenne, Krzysztof Wielicki a repris parfois du service ! Pionnier du grand himalayisme contemporain, on le verra notamment diriger en 2003 encore une nouvelle tentative hivernale, cette fois en face nord du K2 avec un certain Denis Urubko (voir photo ci dessous) ! La main passe...

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De retour de leur tentative hivernale en face nord du K2, en 2003. A droite Krzysztof Wielicki. A gauche Denis Urubko, détenteur de la « Couronne » depuis 2009 et acteur de premier plan aujourd'hui concernant les hivernales des derniers sommets de 8000m encore invaincus de cette façon.

Si on pourra regretter que l'auteur n'ait voulu davantage se livrer dans cet opus, reste un livre indispensable à caler dans sa bibliothèque de passionné d'histoire himalayenne, sa place pouvant logiquement se situer à côté du « De la mine aux sommets » de son mythique compagnon de cordée Jerzy Kukuczka !

 

Krzysztof Wielicki, « La couronne de l'Himalaya – A la conquête des quatorze 8000 », aux Éditions Filigranowa.

Dans toutes les bonnes librairies pour 18,50 Euros !

 

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05 mai 2012

Sortie d'un livre sur Benoît Grison !

« Montagnes...ma passion », de Marc Grison,

Aux Editions « L'Harmattan ».

 Remerciements : Marc Grison, Pierre Couderq.

Crédits photos : Catherine Mangeot, Famille Grison.

 

Il arrive que certains mythes trop discrets de l'histoire de l'alpinisme passent à travers les mailles de la mémoire collective. Ce ne sera heureusement pas le cas pour Benoît Grison, étoile filante de l'alpinisme des années 80, qui fait l'objet d'une heureuse publication en ce début d'année initiée par son père afin de célébrer la mémoire de son fils, mort à l'Annapurna en 1986 à l'âge de 25 ans.

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A partir du début des années 80, Benoît Grison devient rapidement l'un des meilleurs glaciairiste français : Profit et Renault, qui l'ont initié au « toucher de glace », Marsigny, Perroux et autres membres du GMHM de l'époque (Gramond, Marmier, Giot etc)...tous ceux qui grimperont avec lui le considèrent comme un surdoué ! A l'instar de Profit ou Escoffier mais toujours loin des feux des médias, il réalise alors une série de solos et d'enchaînements exceptionnels (NDLR : Voir liste de ses principales réalisations en fin d'article). Lors de son solo mythique des 450 m de « Frêneysie Pascale » en versant « himalayen » du Mont Blanc, alors référence absolue des glaciairistes, l'artiste doit changer par deux fois la lame de ses piolets qui cassent net dans la longueur clé !

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Entraînement au glacier des Bossons.

Mais au delà de ces exploits remarquables, parfois résumés à l'extrême par leur auteur, le charme central du livre réside dans la personnalité elle-même de Benoît Grison, qui nous est progressivement révélée à travers ses écrits et les nombreux renvois d'image de ses proches et camarades de cordée. Car au delà d'un physique curieux et de capacités physiques et techniques exceptionnelles, c'est bien cette attitude de curiosité exaltée envers l'autre et la Connaissance ainsi que sa capacité à parler simplement et maturité de sa montagne qui parviennent au fil des pages à rendre son personnage aussi attachant !

Ainsi, à propos d'alpinisme : « Pourquoi toujours vouloir grimper plus haut : se retrouver face à soi-même ? Ne plus avoir entre ce que l'on est et Soi-Même les diverses barrières inhérentes à toute vie sociale, monter, c'est se séparer du monde, tenter de trouver un ailleurs, tout en étant complètement Soi-Même. L'idée d'une certaine perfection qui est peut-être loin de la condition humaine, vers le bleu, l'infini, la liberté du ciel, éprouver le besoin de s'y plonger ».

Ou à propos de solo extrême : « Tentative de se connaître soi-même, de ressentir avec le plus d'intensité possible les profondeurs de son être, de se fondre dans l'harmonie de l'univers, essayer de s'en imprégner, recherche d'une perfection ultime qui n'est peut-être pas du domaine de l'être humain, tentative donc, tentative sans fin dont la durée n'a d'égale que la force qui nous pousse à nous plonger dans le mystère de notre inconnu. »

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Si l'histoire a tout jusque-là pour combler l'amateur de personnalités alpines « aux marges », la fin de vie de Benoît Grison l'année 1986, abordée à la fois avec pudeur mais sans détours, laisse un goût amer et des questions en suspens...Autant au vu de la façon dont le personnage est parvenu en aussi peu de temps à perdre foi en sa propre lumière que des événements qui se sont produits à l'Annapurna.

Pourquoi tout d'abord s'être laissé entamer moralement de la sorte après son échec à l'examen probatoire d'aspirant guide ? D'autres grands noms avant lui avaient déjà été recalés pour des raisons analogues, dues pour l'essentiel aux seules susceptibilités aléatoires de l'establishment (NDLR : Pierre Béghin avait raté 3 fois l'examen d'entrée!). Quel besoin caché a bien pu mener un être apparemment affranchi de toute norme jusque-là à se cristalliser subitement sur l'importance de la reconnaissance du cadre institutionnel ? Qu'est-ce que pouvait bien représenter pour lui ce diplôme ? A travers le sur-investissement de son importance symbolique, peut-être la nécessité d'une légitimation de sa personnalité par un cadre autre que parental ? Le recalé ira en tout cas jusqu'à écrire un courrier de réclamation au Ministère de la Jeunesse et des Sports avant de partir en Himalaya ! Et son père obtiendra gain de cause pour lui à titre posthume...

Concernant ensuite les faits sur l'Annapurna, personne n'a la version exacte de ce qui s'est passé le 23 Septembre 1986 : les témoignages sont contradictoires. Lors du pèlerinage de la famille Grison au camp de base en 1989, celui du Sherpa Mingma n'a malheureusement pas pu être davantage approfondi. D'après lui, Benoît Grison serait parvenu vers midi et demie au sommet du couloir avant d'entamer un aller retour vers le sommet, sa chute s'étant produite en fin de journée à la descente du couloir d'accès à l'arête...On serait alors tenté de se poser la question : jusqu'où a t-il bien pu monter ?...

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La face Nord de l'Annapurna, avec à droite l'arête des Choux-Fleurs et son raide couloir d'accès.

En écho à son déséquilibre intérieur bien senti par sa famille avant son départ, c'est enfin le climat de non-dit entourant sa disparition et surtout l'expédition de 1986 qui laisse perplexe. Pourquoi aucun des représentants de l'ENSA dans l'équipe (Jean-Paul Vion ou Georges Payot), qui assuraient la direction technique de l'expédition, n'ont-ils accepté de témoigner pour le livre ? Pas de publication approfondie non plus sur cette expédition dans la presse ou les publications généralistes traitant de l'Himalaya depuis (NDLR : l'expédition était quand même placée sous l'égide de Maurice Herzog, sur « la » montagne de celui-ci, avec un objectif ambitieux et une forte équipe!!). Les témoignages rapportés de Godeffroy Perroux (NDLR : décédé le 23 Février 2002 en cascade aux Houches) sont également étonnants, lui qui avait pourtant également choisi d'abandonner l'expédition devant les risques objectifs trop importants. Son témoignage concernant notamment une mise en scène de la descente du corps qui aurait été filmée dans un couloir à Chamonix pour les besoins d'une version officielle a de quoi interroger (NDLR : ce film « Annapurna, arête Nord-Ouest », a été diffusé à la télévision le 14 février 1987 dans « les Carnets de l'Aventure » et aurait été rediffusé une dernière fois quelques temps après)...

A défaut de s'appesantir sur le volet sombre de son histoire et loin de vouloir s'en prendre à quiconque, comme l'a bien mentionné son auteur en épilogue, ce livre intéressera avant tout ceux qui souhaitent faire connaissance avec le parcours et la personnalité authentique d'un des meilleurs alpinistes français des années 80, surdoué et passionnément humain !

 

  • Les principales réalisations de Benoît Grison (17 Février 1961 – 23 Septembre 1986)

 Dans le massif du Mont Blanc

- 5 voies en Face Nord des Jorasses, dont un solo au Linceul (se retrouve à un moment coincé dans un passage limite!) ainsi que la 1ère hivernale et la 1ère répétition de la voie « Rolling Stones » du 13 au 17 Février 1984 avec Éric Gramond.

- 4 voies en Face Nord des Droites, dont la Boivin Gabarrou et l'éperon Couzy en solitaire, la 1ère solitaire de la goulotte Ginat, ainsi que la 1ère solitaire hivernale de l'éperon Tournier.

- 3 voies aux Drus, dont la 1ère hivernale et la 1ère répétition de la Directissime française en 4 jours avec Éric Gramond.

- 16 voies au versant italien du Mont Blanc !!! Dont la Küffner en solitaire, la Bonatti Zapelli en solitaire au Pilier d'Angle, la 3ème ascension de l'hyper couloir du Brouillard, la 1ère absolue de l'Hyper goulotte du Brouillard avec Lionel Mailly en 1984, la 1ère solitaire hivernale et 1ère répétition de la « Cascade Notre Dame » (24 Février 1985) puis de « Frêneysie Pascale » (16 mars 1986 en 8h), alors références majeures de la glace.

- Enchaînements :

Ascension du Super Couloir (3h30), descente par le Gervasutti (45min), montée par le couloir Jaeger (1h15) et désescalade de l'Albinoni-Gabarrou (3h) !

Voies Bonatti Gobi au Grand Pilier d'Angle puis du pilier du Frêney en AR dans la journée par la première benne de l'Aiguille du midi !

A l'étranger

- En Alaska avec le GMHM, du 23 Mai au 23 Juillet 1984 :

1ère répétition de la goulotte Colton au Rooster Comb avec Eric Gramond

1ère absolue en face nord du Mont Hunter en 6 jours avec Yves Tedeschi

- Dans les Andes péruviennes, du 8 Juin au 3 Août 1985 :

Nombreuses ascensions solitaires, dont la voie Barrard au Huascaran Norte et la 1ère ascension solitaire et 1ère répétition de la face Nord du Huascaran Sud (avec un bivouac à 6400m!), le plus haut sommet du Pérou (6768m) !

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28 avril 2012

Erhard Lorétan : un an déjà...

Il y a un an disparaissait Erhard Lorétan, référence majeure de l'histoire de l'alpinisme et de l'himalayisme extrême...
En souvenir ce documentaire, à voir et à revoir, qui permet de faire connaissance avec l'esprit d'un homme d'exception !

http://www.rts.ch/video/emissions/passe-moi-les-jumelles/3922561-erhard-loretan-respirer-l-odeur-du-ciel.html

Lorétan


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11 avril 2012

Parution du nouveau livre référence sur les 8000 !

On Top of The World

Avis aux amateurs d'histoire himalayenne !!!

Le nouveau livre d'Eberhard Jurgalski, chroniqueur de référence absolue sur les sommets de la Haute Asie et de Richard Sales, auteur du précédent ouvrage sur le même thème vient de paraître. Il fait le point sur l'état de nos connaissances concernant l'histoire des ascensions sur les 14 sommets de 8000m de la planète. Enrichi de photos exclusives avec un format très agréable à manier, vous pouvez le commander directement via le site d'Eberhard ci-dessous (8000ers). Bonne lecture !

http://www.8000ers.com/cms/

http://de.wikipedia.org/wiki/Eberhard_Jurgalski

 


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