Sortie d'un livre sur Benoît Grison !
« Montagnes...ma passion », de Marc Grison,
Aux Editions « L'Harmattan ».
Remerciements : Marc Grison, Pierre Couderq.
Crédits photos : Catherine Mangeot, Famille Grison.
Il arrive que certains mythes trop discrets de l'histoire de l'alpinisme passent à travers les mailles de la mémoire collective. Ce ne sera heureusement pas le cas pour Benoît Grison, étoile filante de l'alpinisme des années 80, qui fait l'objet d'une heureuse publication en ce début d'année initiée par son père afin de célébrer la mémoire de son fils, mort à l'Annapurna en 1986 à l'âge de 25 ans.
A partir du début des années 80, Benoît Grison devient rapidement l'un des meilleurs glaciairiste français : Profit et Renault, qui l'ont initié au « toucher de glace », Marsigny, Perroux et autres membres du GMHM de l'époque (Gramond, Marmier, Giot etc)...tous ceux qui grimperont avec lui le considèrent comme un surdoué ! A l'instar de Profit ou Escoffier mais toujours loin des feux des médias, il réalise alors une série de solos et d'enchaînements exceptionnels (NDLR : Voir liste de ses principales réalisations en fin d'article). Lors de son solo mythique des 450 m de « Frêneysie Pascale » en versant « himalayen » du Mont Blanc, alors référence absolue des glaciairistes, l'artiste doit changer par deux fois la lame de ses piolets qui cassent net dans la longueur clé !
Entraînement au glacier des Bossons.
Mais au delà de ces exploits remarquables, parfois résumés à l'extrême par leur auteur, le charme central du livre réside dans la personnalité elle-même de Benoît Grison, qui nous est progressivement révélée à travers ses écrits et les nombreux renvois d'image de ses proches et camarades de cordée. Car au delà d'un physique curieux et de capacités physiques et techniques exceptionnelles, c'est bien cette attitude de curiosité exaltée envers l'autre et la Connaissance ainsi que sa capacité à parler simplement et maturité de sa montagne qui parviennent au fil des pages à rendre son personnage aussi attachant !
Ainsi, à propos d'alpinisme : « Pourquoi toujours vouloir grimper plus haut : se retrouver face à soi-même ? Ne plus avoir entre ce que l'on est et Soi-Même les diverses barrières inhérentes à toute vie sociale, monter, c'est se séparer du monde, tenter de trouver un ailleurs, tout en étant complètement Soi-Même. L'idée d'une certaine perfection qui est peut-être loin de la condition humaine, vers le bleu, l'infini, la liberté du ciel, éprouver le besoin de s'y plonger ».
Ou à propos de solo extrême : « Tentative de se connaître soi-même, de ressentir avec le plus d'intensité possible les profondeurs de son être, de se fondre dans l'harmonie de l'univers, essayer de s'en imprégner, recherche d'une perfection ultime qui n'est peut-être pas du domaine de l'être humain, tentative donc, tentative sans fin dont la durée n'a d'égale que la force qui nous pousse à nous plonger dans le mystère de notre inconnu. »
Si l'histoire a tout jusque-là pour combler l'amateur de personnalités alpines « aux marges », la fin de vie de Benoît Grison l'année 1986, abordée à la fois avec pudeur mais sans détours, laisse un goût amer et des questions en suspens...Autant au vu de la façon dont le personnage est parvenu en aussi peu de temps à perdre foi en sa propre lumière que des événements qui se sont produits à l'Annapurna.
Pourquoi tout d'abord s'être laissé entamer moralement de la sorte après son échec à l'examen probatoire d'aspirant guide ? D'autres grands noms avant lui avaient déjà été recalés pour des raisons analogues, dues pour l'essentiel aux seules susceptibilités aléatoires de l'establishment (NDLR : Pierre Béghin avait raté 3 fois l'examen d'entrée!). Quel besoin caché a bien pu mener un être apparemment affranchi de toute norme jusque-là à se cristalliser subitement sur l'importance de la reconnaissance du cadre institutionnel ? Qu'est-ce que pouvait bien représenter pour lui ce diplôme ? A travers le sur-investissement de son importance symbolique, peut-être la nécessité d'une légitimation de sa personnalité par un cadre autre que parental ? Le recalé ira en tout cas jusqu'à écrire un courrier de réclamation au Ministère de la Jeunesse et des Sports avant de partir en Himalaya ! Et son père obtiendra gain de cause pour lui à titre posthume...
Concernant ensuite les faits sur l'Annapurna, personne n'a la version exacte de ce qui s'est passé le 23 Septembre 1986 : les témoignages sont contradictoires. Lors du pèlerinage de la famille Grison au camp de base en 1989, celui du Sherpa Mingma n'a malheureusement pas pu être davantage approfondi. D'après lui, Benoît Grison serait parvenu vers midi et demie au sommet du couloir avant d'entamer un aller retour vers le sommet, sa chute s'étant produite en fin de journée à la descente du couloir d'accès à l'arête...On serait alors tenté de se poser la question : jusqu'où a t-il bien pu monter ?...
La face Nord de l'Annapurna, avec à droite l'arête des Choux-Fleurs et son raide couloir d'accès.
En écho à son déséquilibre intérieur bien senti par sa famille avant son départ, c'est enfin le climat de non-dit entourant sa disparition et surtout l'expédition de 1986 qui laisse perplexe. Pourquoi aucun des représentants de l'ENSA dans l'équipe (Jean-Paul Vion ou Georges Payot), qui assuraient la direction technique de l'expédition, n'ont-ils accepté de témoigner pour le livre ? Pas de publication approfondie non plus sur cette expédition dans la presse ou les publications généralistes traitant de l'Himalaya depuis (NDLR : l'expédition était quand même placée sous l'égide de Maurice Herzog, sur « la » montagne de celui-ci, avec un objectif ambitieux et une forte équipe!!). Les témoignages rapportés de Godeffroy Perroux (NDLR : décédé le 23 Février 2002 en cascade aux Houches) sont également étonnants, lui qui avait pourtant également choisi d'abandonner l'expédition devant les risques objectifs trop importants. Son témoignage concernant notamment une mise en scène de la descente du corps qui aurait été filmée dans un couloir à Chamonix pour les besoins d'une version officielle a de quoi interroger (NDLR : ce film « Annapurna, arête Nord-Ouest », a été diffusé à la télévision le 14 février 1987 dans « les Carnets de l'Aventure » et aurait été rediffusé une dernière fois quelques temps après)...
A défaut de s'appesantir sur le volet sombre de son histoire et loin de vouloir s'en prendre à quiconque, comme l'a bien mentionné son auteur en épilogue, ce livre intéressera avant tout ceux qui souhaitent faire connaissance avec le parcours et la personnalité authentique d'un des meilleurs alpinistes français des années 80, surdoué et passionnément humain !
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Les principales réalisations de Benoît Grison (17 Février 1961 – 23 Septembre 1986)
Dans le massif du Mont Blanc
- 5 voies en Face Nord des Jorasses, dont un solo au Linceul (se retrouve à un moment coincé dans un passage limite!) ainsi que la 1ère hivernale et la 1ère répétition de la voie « Rolling Stones » du 13 au 17 Février 1984 avec Éric Gramond.
- 4 voies en Face Nord des Droites, dont la Boivin Gabarrou et l'éperon Couzy en solitaire, la 1ère solitaire de la goulotte Ginat, ainsi que la 1ère solitaire hivernale de l'éperon Tournier.
- 3 voies aux Drus, dont la 1ère hivernale et la 1ère répétition de la Directissime française en 4 jours avec Éric Gramond.
- 16 voies au versant italien du Mont Blanc !!! Dont la Küffner en solitaire, la Bonatti Zapelli en solitaire au Pilier d'Angle, la 3ème ascension de l'hyper couloir du Brouillard, la 1ère absolue de l'Hyper goulotte du Brouillard avec Lionel Mailly en 1984, la 1ère solitaire hivernale et 1ère répétition de la « Cascade Notre Dame » (24 Février 1985) puis de « Frêneysie Pascale » (16 mars 1986 en 8h), alors références majeures de la glace.
- Enchaînements :
Ascension du Super Couloir (3h30), descente par le Gervasutti (45min), montée par le couloir Jaeger (1h15) et désescalade de l'Albinoni-Gabarrou (3h) !
Voies Bonatti Gobi au Grand Pilier d'Angle puis du pilier du Frêney en AR dans la journée par la première benne de l'Aiguille du midi !
A l'étranger
- En Alaska avec le GMHM, du 23 Mai au 23 Juillet 1984 :
1ère répétition de la goulotte Colton au Rooster Comb avec Eric Gramond
1ère absolue en face nord du Mont Hunter en 6 jours avec Yves Tedeschi
- Dans les Andes péruviennes, du 8 Juin au 3 Août 1985 :
Nombreuses ascensions solitaires, dont la voie Barrard au Huascaran Norte et la 1ère ascension solitaire et 1ère répétition de la face Nord du Huascaran Sud (avec un bivouac à 6400m!), le plus haut sommet du Pérou (6768m) !
Erhard Lorétan : un an déjà...
Parution du nouveau livre référence sur les 8000 !
Avis aux amateurs d'histoire himalayenne !!!
Le nouveau livre d'Eberhard Jurgalski, chroniqueur de référence absolue sur les sommets de la Haute Asie et de Richard Sales, auteur du précédent ouvrage sur le même thème vient de paraître. Il fait le point sur l'état de nos connaissances concernant l'histoire des ascensions sur les 14 sommets de 8000m de la planète. Enrichi de photos exclusives avec un format très agréable à manier, vous pouvez le commander directement via le site d'Eberhard ci-dessous (8000ers). Bonne lecture !
http://de.wikipedia.org/wiki/Eberhard_Jurgalski
Michael Kennedy, président du jury des Piolets d'Or 2012
A l'occasion des 20ème Piolets d'Or, Montagnologie en a profité pour aller poser quelques questions au Président du Jury, Michael Kennedy, une référence incontournable de l'alpinisme américain !
Photo : collection Michael Kennedy.
- Qu'est-ce que ça fait d'avoir été choisi comme président du jury pour ces 20èmes Piolets d'Or ? Comment avez-vous accueilli cette proposition ?
- J'ai été surpris et plutôt honoré qu'on m'ait proposé d'être président du jury pour cette vingtième édition ! J'espère avoir contribué de façon positive à l'évolution du prix.
- Comment s'est passé votre séjour ? Quelles images en garderez-vous ?
- Les organisateurs et les gens de Chamonix et Courmayeur ont été incroyablement hospitaliers. Nous avons fait quelques belles sorties durant notre séjour ici, notamment en ski de rando au cœur du massif du Mont Blanc. Nous étions sinon très occupés pendant les soirées avec les différentes présentations. C'était merveilleux de rencontrer et de passer du temps avec les amis, anciens et nouveaux.
- Une fois n'est pas coutume, qu'est-ce que l'esprit des Piolets d'Or pour vous ?
- Pour moi, la cérémonie des Piolets d’Or est une célébration de l'alpinisme audacieux et aventureux. Les ascensions nominées incarnent toutes l'esprit d'exploration sur des montagnes isolées et techniquement difficiles, l'ouverture de nouveaux itinéraires en style léger avec un faible impact environnemental, l'engagement et l'esprit d'équipe. C'est mon souhait que les Piolets d’Or inspirent les générations actuelles et futures des grimpeurs à approcher les montagnes avec passion, respect et humilité.
- En tant que rédacteur en chef du Magazine « Alpinist », pensez vous que cette cérémonie puisse influencer la communauté alpine internationale, et au-delà le grand public, à avoir une meilleur compréhension de ce qu'est le véritable alpinisme au sens « classique » ? Ou pensez-vous qu'il restera toujours plutôt une activité élitiste, maladroitement couverte par les grands médias ?
- A travers cet événement, je souhaiterais favoriser le développement de valeurs communes au sein de la communauté alpine internationale. Il semble difficile pour les médias de masse de vraiment comprendre l'alpinisme, mais un évènement comme les Piolets d’Or, qui célèbre et promeut nos plus grands idéaux, peut sans doute aider les choses à évoluer dans ce sens.
- Quelle est l'influence des Piolets d'Or et de l'activité alpinisme aux USA ? La cérémonie est-elle connue au sein de votre communauté ? L'alpinisme est il pratiqué par une large population, comparé à l'escalade en salle par exemple ?
- La culture alpine aux USA est beaucoup plus diffuse qu'en Europe. Nous avons moins de grimpeurs en terme de pourcentage de la population, et le public s'intéresse beaucoup moins à l'alpinisme. Aux USA vous verrez très peu de publications dans les grands médias à propos d'aucun type d'alpinisme autre que les grandes catastrophes à l'Everest. Ainsi, si les Piolets d’Or sont bien connus parmi les alpinistes de haut niveau, ils ne le sont pas tant que ça au sein de notre communauté alpine et pas du tout au niveau du grand public.
- Si l'ouverture de nouvelles voies en style léger semble être la meilleure façon de représenter les valeurs de l'alpinisme « classique », que pensez-vous des répétitions en style rapide ? Une répétition comme celle d'Ueli Steck au Shishapangma (NDLR : en 10h30 par la face sud-ouest) pourrait-elle être récompensée un jour par un Piolet d'Or ?
- Certainement, une ascension rapide comme celle du Shishapangma pourrait être récompensée un jour. Mais mon opinion est que nous recherchons aussi des ascensions qui intègrent d'autres dimensions : difficulté technique, engagement, haute altitude, longueur, beauté, esprit d'équipe, exploration de nouveaux territoires...La rapidité d'une ascension pourrait être une de ces dimensions mais pas la plus importante !
- Vous êtes bien connu des alpinistes internationaux pour deux magnifiques ascensions en Alaska : « Infinite Spur » sur le Mount Foraker en 1977 avec Georges Lowe, et « Wall of Shadows » sur le Mount Hunter en 1994 avec Greg Child. Pourriez-vous nous dire quelques mots au sujet de ces deux ascensions, qui sont assez éloignées dans votre carrière ?
- D'une certaine façon ces deux voies bornent ma carrière alpine. « Infinite Spur » était peut-être ma plus mémorable escalade, dans le sens où elle m'a ouvert les yeux sur mes possibilités – j'avais 25 ans lors de cette ascension. « Wall of Shadow » était plus difficile techniquement et très sauvage mais représentait le sommet de ma carrière avec une bonne expérience derrière moi. Et c'était vraiment ma dernière ascension difficile, bien que je grimpe et skie toujours pour le plaisir.
Georges Lowe au bivouac lors de la première d' « Infinite Spur » en 1977. Photo : collection M.Kennedy.
- Dans l'Himalaya népalais, qu'en est-il de votre magnifique ascension hivernale de l'Ama Dablam (NDLR : par la face nord-est, l'hiver 1985 avec Carlos Buhler) et de votre tentative à l'Annapurna ? (NDLR : au printemps 2000, avec Ed Viesturs et Veikka Gustaffson par la voie française historique)
- L'Ama Dablam a été un autre moment important dans ma carrière, de l'escalade difficile et engagée dans des conditions très froides, avec une traversée complète de la montagne. Sur l'Annapurna, je grimpais avec mon ami Neal Beidleman ainsi que Ed et Veikka. J'avais pensé qu'il serait intéressant d'aller sur un sommet de 8000m par une voie techniquement plus facile mais les conditions étaient vraiment trop dangereuses.
- Et votre tentative à l'éperon Nord du Latok 1 au Pakistan en 1978 ? Y a t-il nécessairement une place pour le regret du fait de ne pas avoir atteint le sommet (un peu comme Voytek Kurtyka et Robert Schauer à la face ouest du Gasherbrum 4) ? (NDLR : presque 34 ans et une vingtaine de tentatives plus tard, la voie du quatuor américain composé de Michael, Georges et Jeff Lowe ainsi que Jim Domini n'est toujours pas terminée, leur tentative étant toujours celle à ce jour qui s'est arrêtée le plus haut!)
- Bien sur nous étions déçus de devoir redescendre en étant arrivé si près du but, mais nous avons aussi vécu une escalade fantastique de 20 jours ! L'aspect le plus important lors de cette tentative était le travail et l'esprit d'équipe pour Jeff, George, Jim et moi. Nous avons bien fonctionné tous ensemble, nos compétences étaient vraiment complémentaires et nous restons d'ailleurs toujours amis à ce jour.
Michael Kennedy au relais lors de la tentative au Latok 1, avec l'Ogre en arrière plan.
Photo : collection Jim Domini.
L'équipe du Latok réunie 30 ans plus tard. De gauche à droite, Jeff Lowe, Michael Kennedy (assis), Jim Domini et Georges Lowe (debout).
Photo : auteur inconnu.
- A choisir, quelle a été votre escalade la plus heureuse ? La plus engagée ?
- Je ne saurais pas dire laquelle a été la plus heureuse, du fait que toutes mes escalades achevées ou pas ont eu des moments magiques et difficiles. Pour l'engagement, peut être « Infinite Spur » du fait qu'après le second jour, nous devions obligatoirement sortir au sommet et redescendre de l'autre côté — nous n'aurions pas eu assez d'équipement pour une retraite par le même itinéraire.
- Si vous deviez retenir un compagnon parmi tous, lequel choisiriez-vous ?
- Tous mes partenaires étaient de meilleurs grimpeurs que moi et je repartirais grimper avec chacun d'eux, donc je ne peux vraiment pas en retenir un favori !
- Vous semblez être un homme très calme et déterminé. Comment a évolué votre approche de la montagne ? Qu'attendez-vous de votre pratique à présent ?
- J'ai toujours apprécié le simple fait de vivre dans les montagnes, de grimper avec des amis en style léger et de laisser le moins de traces possibles de notre passage. Je me suis également retiré de l'alpinisme de haut niveau il y a des années maintenant, alors mes objectifs sont désormais très modestes. Il s'agit simplement de grimper, skier et voyager en montagne pour le plaisir et la relaxation.
Robert Paragot, Prix Walter Bonatti 2012
Robert Paragot est le 4ème Piolet d'Or Carrière, désormais rebaptisé « Prix Walter Bonatti ». A l'occasion d'une séance de dédicace pour son dernier livre « Paris camp de base » (publié aux Éditions Guérin), Montagnologie en a profité pour aller lui poser quelques questions.
- Qu'est-ce que ça fait d'avoir été choisi, après Bonatti, Messner et Scott, pour recevoir ce Prix Walter Bonatti ? Cet hommage vous touche t-il ? Pourquoi l'avoir accepté ?
- Eh bien je suis flatté et honoré, je ne m'y attendais pas ! Au début je me demandais aussi pourquoi moi plutôt qu'un autre et puis je me suis dit qu'après tout, si mes pairs en ont décidé ainsi...Alors je suis content, c'est quand même une distinction importante, premier français en plus c'est pas mal, j'espère que ça fait plaisir aux autres aussi !
- En tant qu'ancien président d'institutions de montagne (NDLR : GHM de 1965 à 1975, FFME de 1997 à 1999), que pensez-vous que cette cérémonie apporte à la communauté alpine et au grand public ?
- Elle apporte ce qu'a pu apporter en son temps le prix du cristal que j'avais crée à la FFME quand j'étais le président du comité de l'Himalaya. Pour moi c'est la suite renforcée du cristal qui n'est plus, car le cristal était limité aux seuls exploits des grimpeurs français tandis que là c'est international, alors c'est un peu plus grandiose quand même ! Et là je parle vraiment pour les nominés qui ont su réaliser des grandes choses, c'est bien qu'ils soient reconnus par la communauté.
- Qu'ils obtiennent une reconnaissance médiatique plus vaste !
- Bien sur ! Ça fait connaître un peu ce qui se fait sur la planète, des jeunes gens et des jeunes filles qui se bousculent pour faire des belles choses. On dit toujours du mal de la jeunesse mais moi je dis que quand on veut faire quelque chose, eh bien on réalise son rêve, sa passion et ces jeunes le font très bien.
- Qu'est-ce que vous pensez du travail de Christian Trommsdorf à la tête du Groupe de Haute Montagne ?
- Eh bien c'est superbe ! Christian c'est un garçon remarquable, je lui tire mon chapeau car il a une continuité dans l'esprit du GHM de l'origine, car ça va bientôt faire 100 ans que le Club existe. Alors vous vous rendez compte, un club presque centenaire qui continue à vivre de cette façon là, c'est formidable !
- Votre plus belle ascension, celle dont vous êtes le plus fier ?
- Je vais répondre que c'est comme l'amour, c'est la première fois ! Donc c'est l'Aconcagua !
- La pire ?!
- Il n'y en a pas de pire ! Ou alors je dirais que la pire, c'est quand il y a eu un drame. Déjà à l'Aconcagua, mes petits camarades avaient perdu leurs doigts de pied et une partie des mains. Mais celle qui m'a le plus marqué, c'est quand même au Huascaran avec la disparition d'un de mes camarades qui s'appelait Leprince-Ringuet . Ce qui est quand même dur à supporter, la perte d'un copain, surtout après la réussite. (NDLR : Dominique Leprince-Ringuet a fait une chute mortelle à la descente)
- Avez vous connu des phases de fou rire en haute altitude ?
- Souvent oui ! Mais des fois aussi non pas l'angoisse mais le fait d'être impressionné, dans le grand mauvais temps ou les grandes difficultés. Globalement j'ai toujours pratiqué l'alpinisme avec humour et bonheur, surtout avec un compagnon qui m'était très cher et qui était Lucien Bérardini.
- Votre meilleur compagnon de cordée !
- Oh que oui ! C'est évident que tous les deux, on était en osmose complète. Si j'ai à dédicacer quelque chose, c'est à lui. Ce matin encore, j'ai été au cimetière lui rendre visite.
- Et le pire compagnon de cordée que vous ayez eu ?!
Je n'en ai jamais eu de mauvais ! Je les choisissais toujours de valeur donc je n'avais pas de problème !
- Êtes-vous amateur de littérature de montagne ?
A mes débuts j'ai beaucoup lu, ça m'a beaucoup influencé. Si je me suis mis à faire de l'alpinisme, c'est grâce aux livres de montagne que j'ai découvert très jeune, notamment « Premier de cordée » de Frison Roche. Et puis les récits des alpinistes qui faisaient des grandes choses à l'époque, il y avait leurs noms étalés dans les journaux, ça compte beaucoup, ça m'avait impressionné. Mais j'ai eu des exemples donnés par ces anciens qui m'ont ouvert les yeux et aussi ouvert le chemin alors j'ai pris le même chemin qu'eux et maintenant ce sont les jeunes qui continuent sur le même chemin, derrière moi.
- Pour finir, quelques extraits du questionnaire de Bernard Pivot. Votre mot préféré?
- Merde quand ça se passe mal !
- Votre drogue favorite?
- Le pinard, le rouge !
- Votre juron préféré ? On a donc dit merde...
- Oui merde !
- Le métier que vous n'auriez pas aimé faire?
- Pour moi il n'y a pas de sot métier! J'aurais accepté n'importe quoi plutôt que d'être chômeur. Ça c'est insupportable pour moi, les jeunes qui aimeraient bien travailler mais qui ne trouvent pas de boulot, je me mets à leur place, je serais malheureux. J'ai eu ce bonheur de vivre pendant les 30 glorieuses une activité professionnelle privilégiée, c'était une époque où quand je quittais un patron, je traversais la rue et j'en trouvais un autre! La situation actuelle n'est plus la même et c'est angoissant.
- Si Dieu existe, qu'aimeriez-vous, après votre mort, l'entendre vous dire?
- Alors le si est très important car je ne suis pas croyant, je ne suis même baptisé. Donc je ne crois pas en un dieu quelconque. Par contre je crois à la nature, je crois être une poussière d'étoile, comme tout le monde. Mais si vraiment il existait et que je le rencontre, je le saluerais bien bas et je le respecterais beaucoup, comme je respecte ceux qui croient en Dieu.
- Si cela se peut, en quoi aimeriez-vous être réincarné ? Animal, fleur, élément ?
- Ah non si je devais être réincarné ce serait en Robert Paragot, pour recommencer tout ce que j'ai fait !!
Repères biographiques :
http://www.pioletsdor.com/index.php?option=com_content&view=article&id=215&Itemid=322&lang=fr
Bibliographie :
- Makalu pilier Ouest en collaboration avec Yannick Seigneur, éd. Arthaud, Paris, 1972
- Vingt ans de cordée en collaboration avec Lucien Bérardini, éd. Flammarion, Paris, 1974 et éd. Arthaud, Paris, 1998. (A LIRE ABSOLUMENT!)
- Paris camp de base en collaboration avec Sophie Cuenot, éd. Guérin, Chamonix, 2010.
Edition des 20ème Piolets d'Or
Et les lauréats sont :
SASER KANGRI II, 7518 m., Inde
Les Américains Mark Richey, Steve Swenson et Freddie Wilkinson pour la première du Saser Kangri II dans le Karakoram indien, sommet vierge jusqu'alors (NDLR : et second plus haut sommet vierge de la planète) ! Après quatre jours d’ascension et trois bivouacs dans la raide face sud-ouest, haute de 1700 mètres, la cordée a finalement atteint la cime le 24 août, après avoir rencontré les principales difficultés techniques dans la partie haute (WI4, M3) avant retour au camp de base le 25. Steve a réussi à suivre ses compagnons jusqu'au sommet malgré une forme amoindrie par une crise de sinusite et des difficultés respiratoires depuis le début de l'expédition. Synonyme d'exploration et de style alpin engagé à haute altitude, le jury a retenu cette ascension pour son style « classique » exemplaire.
K7, sommet ouest, 6615 m., Pakistan
Les jeunes slovènes Luka Strazar et Nejc Marcic, 23 et 26 ans, pour la première de la face ouest vierge du K7 ouest par la voie « Dreamers of the Golden Caves » ! Pour leur première expédition en Himalaya, ils réalisent rien moins que la troisième ascension de ce sommet désormais célèbre en vallée de Charakusa, gravi pour la première fois par leur pair Marko Prezelj en 2007 (avec Steve House et Vince Anderson, par la face sud). La cordée a atteint la cime après l’escalade en pur style alpin d’un itinéraire mixte soutenu (Difficultés annoncées : AI5, M5, A2) haut de mille six cents mètres et couvert en trois jours du 6 au 9 septembre 2011. Pour une première expérience en Himalaya, le jury a tenu à honorer la technicité, le style minimaliste et l'engagement des jeunes slovènes !
Le président de jury, Michael Kennedy a mentionné l'ascension de la Torre Egger et rendu hommage à Bjorn-Evind Artun, l'ascension réalisée par la cordée norvégienne les 25 et 26 décembre 2011 ayant constitué selon ses termes « un nouveau niveau de difficulté dans l'escalade glaciaire » (La cordée a utilisé un placage de givre exceptionnel de 350m dans la partie sommitale de la face Sud de la Torre Egger). Mais pour respecter la tristesse de la communauté alpine norvégienne (Ole Lied, le partenaire de Bjorn, n'était pas présent à Chamonix pour cette raison), le jury a choisi de ne pas attribuer de prix à l'ascension.
En définitive, Michael Kennedy a tenu à rappeler que si toutes les ascensions nominées étaient magnifiques, représentatives du plus haut degré d'aventure, d'engagement et des valeurs fondamentales de camaraderie, de respect de l'environnement et des cultures locales, le choix des vainqueurs était logiquement tenu à la subjectivité du jury et au choix « venant du cœur », lequel jury comptait cette année rien moins que Valéry Babanov, Alberto Inurrategi ou Ines Papert. « Le Piolet d'Or est moins une compétition qu'une célébration de nos valeurs communes que sont la passion, l'aventure, le respect et l'humilité, ce dans le but de rassembler et inspirer les grimpeurs de toutes les générations».
L'autre point fort de la soirée, dans cette optique de rassemblement et de transmission, était la remise du Piolet d'Or Carrière, désormais rebaptisé « Prix Walter Bonatti » à Robert Paragot, premier français lauréat du prix. « Je ne sais pas si je le mérite, mais je l'accepte avec joie car c'est le choix de mes pairs ». Après l'évocation de son aller simple pour l'Aconcagua en 1954, Robert Paragot a tenu simplement à rappeler l'importance du chemin et de l'échange entre les générations puis est remonté sur scène féliciter les lauréats et l'ensemble des nominés.
Cette année encore le Piolet d'Or a tenu ses promesses de rassembler la communauté des alpinistes du monde entier afin de célébrer un alpinisme « classique » et humain.
Entretien avec Pierre Tardivel
Entretien avec Pierre Tardivel
Photos : collection Pierre Tardivel sauf exceptions mentionnées.
- Tu fais des premières à ski extrême depuis maintenant 30 ans, qu'est-ce qui peut bien expliquer une telle longévité ?
- J'ai commencé le ski de randonnée fin 1978 et le ski de couloir en 1980, et sauf l'année dernière où je n'ai pas skié car il n'y avait pas de neige, ça fait donc 30 ans maintenant. Ça fait beaucoup certes, je ne sais pas ce qui l'explique, je ne me suis pas cassé la gueule (songeur)...la chance sans doute ! Et puis la passion, parce qu'il y en a qui passent à autre chose : la famille, les enfants, le boulot...beaucoup ont arrêté et moi j'en étais désolé. Il faut pouvoir garder de la disponibilité : suivant ton boulot, tu ne l'as plus forcément. Quand j'étais guide avec les sponsors, je pouvais me libérer un peu quand je voulais pour faire un truc !
- Pourrais-tu me préciser un peu ton parcours professionnel ?
- J'ai fait un Bac Comptabilité. Après je me suis fait embaucher au Crédit Lyonnais comme commercial et au bout de 2 ans j'ai démissionné ! Ensuite j'ai fait le guide et vécu du sponsoring et depuis 2000, je suis distributeur de livres de montagne.
- Pourquoi le sponsoring s'est-il arrêté ?
- Le sponsoring a duré grossièrement de 1989 à 1995, c'est déjà loin ! Avant l'Everest il y avait des films, pour « les Carnets de l'aventure », le « Magazine Montagne » chez France 3 et puis après ça allait encore, les sponsors étaient intéressés. Après l'Everest en 92, il n'y avait plus rien, plus d'émissions de télé, elles avaient toutes disparues ! Ushuaia ne faisait plus de sport, plus que de la culture et du voyage. Donc si tu n'as plus de projets d'expéditions et de films, c'est fini tout s'arrête !
Pierre réalise la première descente de l'Everest depuis le sommet sud le 27 Septembre 1992. Le slovène Davo Karnicar réalisera la première depuis le sommet le 7 Octobre 2000.
- Quoi d'autre encore peut expliquer ta longévité ?
- Disons que tu as des gens plus montagnards que d'autres, il faut être à l'aise quand même dans le genre de terrains où l'on va ! Il y a des bons skieurs qui ne vont pas faire ce qu'on fait parce qu'avec des crampons, dès qu'ils touchent le rocher, ils perdent tous leurs moyens ! Des fois avec Jano (NDLR : Jérémy Janody, principal partenaire de Pierre Tardivel de 2004 à 2009), on monte des trucs en rocher avec les piolets (rires) ou en glace avec très peu de glace sur le rocher, il faut être à l'aise en Dry, en mixte. Et puis à la descente il y a un toucher de neige aussi...Quand tu commences à toucher de la glace et des cailloux, hé bien ce n'est pas grave, tu gratonnes, il y en a qui vont tout de suite être paniqués !
Le « dry skiing », un art où Pierre se sent bien ! Photo : Jérémy Janody.
- Que t'a apporté Daniel Chauchefoin dans ton apprentissage ?
- Il skiait super bien ! Après je pense qu'il était un peu limité pour faire des trucs très techniques parce que à la montée, le mixte c'était pas son truc. A part aux Autrichiens, mais quand il y est allé c'était en neige, il avait des bonnes conditions. Par contre il skiait comme un dieu, avec du matos minable à l'époque ! Il avait un style qui était le style parfait et ça t'aide quand tu es derrière parce que tu essayes de faire pareil. Même à Seythenex en hors-piste, il fallait essayer de le suivre. Hyper fluide, comme un free rider d'aujourd'hui avec du bon matos, sauf que lui il faisait tourner ses vieilles lattes en bois toutes pourries, parce qu'il était fin et bon...
(NDLR : Daniel Chauchefoin a réalisé seul la première descente avant-gardiste des Autrichiens le 3 Juillet 1977 avec 3 rappels. Elle n'a été répétée à ce jour que par Pierre Tardivel, Edouard Cottignies & Emmanuel Ballot avec un seul rappelde 40men 1995 et par Rock Malnuit avec Yohann Courcelle en 2 rappels le 11 Juin 2006)
- Il faut donc être un pro du mixte pour ouvrir des nouvelles descentes en ski extrême aujourd'hui ?
- Par la force des chose, parce que tous les trucs évidents ont été faits alors si tu veux faire une première, il faut aller chercher un peu les ennuis...Mais dans l'absolu je préfèrerais ouvrir des beaux couloirs évidents, je ne vais pas chercher exprès les trucs merdiques, ça ne m'intéresse pas en soi ! Tu vas faire une ligne parce qu'elle est vierge mais pas forcément parce que c'est la plus logique ou la plus skiante, ça se discute !
- Qu'est-ce qui anime ton désir de premières au fond, le désir d'exploration, l'égo ?
- Oui au fond tu as ce côté aventurier, et si tu aimes l'aventure et l'inconnu, tu ouvres des trucs. Moi je trouve bien d'ouvrir une ligne...Après t'en retires une certaine fierté c'est sûr ! Les répétiteurs accordent moins d'importance à ça.
- Mais en tant que répétiteur d'une descente mythique comme le Nant Blanc ou les Autrichiens, tu peux quand même ressentir une joie analogue ?
- Oui là il n'y a plus de première mais ce n'est pas grave ! Tu y vas pour te faire plaisir dans une belle descente, et en plus c'est historique, c'est mythique alors tu es content d'y être ! Le Nant Blanc par exemple, il n'y a pas que le côté mythique, c'est aussi magnifique au niveau du paysage ! Non les répétitions c'est important mais je n'en ai pas fait tant que ça et j'ai quand même du mal à aller en faire car tu te dis que ce jour-là tu aurais pu faire une descente originale...Alors je me dis toujours que je les ferai plus tard, tant que j'ai des idées de premières, je préfère me concentrer là-dessus !
- Et si on revient sur ton parcours, quelles sont tes plus belles descentes, dans le Massif du Mont Blanc pour commencer !
- Le Grand Pilier d'Angle au Mont Blanc ça c'était important. D'ailleurs ça n'a jamais été refait, d'autant que ça a pris un coup avec le réchauffement, il faut se lever tôt pour trouver de la neige dedans, il faut surveiller ! L'Aiguille du Triolet par le versant Est pareil, c'est important, il y avait des belles conditions, pas répété non plus je pense (NDLR : première le 6 Mai 1995). Après les Autrichiens, Chauchefoin avait fait 3 rappels, nous on en avait fait qu'un seul. On va pas dire que c'est une première mais par le style, ça se défend...
Dans les plus importantes ensuite, Rochefort quand même c'est pas mal, il faut se lever tôt pour le faire, c'est exposé, tout le temps en glace ! Le jour où on y était, les séracs étaient tout ronds et lisses donc on n'avait pas peur de grand chose. Il y en a plein d'autres, même Bionnassay c'était sympa, le col de la tour des courtes aussi, 2001 c'était une bonne année ! (NDLR : Premières respectivement les 9 juin 2007 et 21 Juin 2001)
- Au niveau de la raideur des pentes, tu soutiens depuis longtemps que les pentes dans les Alpes n'excèdent jamais 55°, tu le confirmes encore aujourd'hui ?
- Oui 50 et quelque, voilà le maximum dans des descentes soutenues. Et ceux qui parlent de plus sont des menteurs ou alors il faudra leur acheter un inclinomètre ! Moi chaque fois que je l'ai sorti dans les trucs vraiment raides, je n'ai jamais réussi à les atteindre. Mais il n'y a pas que la raideur qui détermine une réalisation exceptionnelle, il faut aussi pouvoir trouver les conditions de neige. Rochefort par exemple, c'est skiant, c'est du 50° soutenu comme le Nant Blanc mais c'est peut-être beaucoup plus dur à réaliser car les conditions sont beaucoup plus difficiles à trouver, c'est jamais bon ce truc ! Les deux années où je suis allé au Nant Blanc étaient des années tout à fait classiques sauf que je m'en suis occupé, je suis allé plusieurs fois repérer aux jumelles, j'ai regardé, surveillé...
- Comment comparerais-tu le Nant Blanc avec les Autrichiens ?
- Les Autrichiens, j'ai souvenir de quelque chose de soutenu dans le raide et beaucoup plus longtemps que d'habitude...Et puis au Nant Blanc, on n'a pas des pentes comme ça avec des Ice Flute tout le long or techniquement c'est plus délicat parce que si tu prends un relief, ça peut te planter ! Au Nant Blanc, tu n'as jamais cette configuration là, c'est lisse ! Dans le grand névé du haut, le plus impressionnant à priori vu d'en bas, j'étais en grandes courbes, je me suis lâché à fond ! Par contre aux Autrichiens il n'y a pas de passages délicats comme entre les deux névés du Nant Blanc, où là je suis passé à skis la première fois mais limite – j'avait le piolet quand même ! Après avec Brosse, je ne suis pas passé, on a du déchausser ! C'est pour ça que je n'ai pas fait l'intégrale en un coup, c'est une descente que j'ai faite en deux fois donc l''intégrale reste à faire !
- Ta plus belle descente dans tout ça ?!
- Les Autrichiens ça a quand même de l'allure, Chauchefoin a eu le nez d'aller là-bas, c'est vraiment une belle descente, tu pars du sommet, d'un beau sommet...
- Qu'en est-il de tes plus belles dans les Aravis maintenant et de vos récentes descentes « new age » ?
- « Les jardins de Kathy » à la Roualle en 2001, ça c'est un beau truc ! La première partie est cool et puis après c'est tendu mais quand même on skiait, on enchainait les virages...Quand tu as la neige, ça va toujours bien ! La voie « Joss » à la Tournette en 2004, c'est sympa aussi, bien dans l'esprit de la nouvelle génération : tu cherches les névés suspendus qui n'ont pas encore été skié alors c'est impressionnant parce que tu sais qu'il y a des falaises en dessous, mais il y a des rappels alors ça gâche un peu le plaisir ! Le « De Profundis » dans les Bauges en 2004, c'est pas hyper dur mais c'est vraiment exceptionnel pour l'ambiance, c'est étonnant. « Arav'Extrem » en 2006, ça c'est raide, c'est un truc exceptionnel, d'autant que pour trouver de la neige là-dedans, là encore il faut se lever tôt ! Mais on n'est pas sortis au sommet et il y a un rappel, je trouve là encore que c'est dommage, ça gâche un peu le plaisir...
(NDLR : premières respectivement les 2 avril 2001 avec Bertrand Delapierre pour « Les Jardins de Kathy » à la Roualle (Aravis), le 12 avril 2004 avec Jérémy Janody pour la voie « Joss » à la Tournette (Bornes), le 4 Février 2004 avec Sébastien de Sainte-Marie pour le « De Profundis » au Pécloz (Bauges) et le 7 Avril 2006, toujours avec le même Jérémy Janody pour « Arav Extrem » (Aravis))
A l'entrée du curieux « De profundis » dans les Bauges, lors de la répétition de l'intégrale avec Xavier Delerue le 29 Janvier 2009. Photo Christoffer Sjöström
- Qu'est-ce qui différencie le ski extrême dans le massif du Mont Blanc et dans les Aravis ?
- On nous bassine sans arrêt avec les trucs mythiques mais c'est stupide ! Dans le massif du Mont Blanc, c'est toujours des panneaux larges, lisses, faciles à skier ! Nous dans les Aravis, tous les dimanches on fait des trucs bien plus durs ! A la tête pelouse par exemple, c'est bien plus technique qu'au Nant Blanc, ça n'a rien à voir ! Les passages un peu délicats où tu es dans les rochers, il faut faire hyper gaffe, tu fais un virage mais attention, il ne faut pas déraper trop loin car après tu tapes dans les rochers. Tu dois placer ton virage, il faut calculer. C'est pour ça qu'on apprend à skier dans les Aravis, parce que là c'est technique (NDLR : lors de la première de la face Est de Tête Pelouse avec Stéphane Brosse et Jérémy Janody le 26 janvier 2008, Pierre et Stéphane ont passé un obstacle délicat en « dry skiing » dans la partie supérieure). Dans le massif du Mont Blanc on a 10 à 20 ans de retard : chez nous dans les Préalpes, comme les classiques ont été faites, on va chercher des choses bien plus délicates !
- Ça veut dire que l'aventure n'est toujours pas morte !
- Bien sur ! Quoique dans les Aravis, les choses qui restent à faire sont des horreurs, comme « Arav Extrem » (NDLR : coté 5.5) : il y a (malheureusement) un rappel, un engagement de folie et en plus il faut le même enneigement exceptionnel !
L'avenir dans les Aravis...à l'image d'« Arav'Extrem » au Paré de Joux !
- Et il y aurait donc encore de nombreuses possibilités d'ouverture dans le massif du Mont Blanc ?
- Oui sauf qu'à Chamonix c'est différent, il faut pouvoir trouver les conditions. Quand c'est bon c'est facile mais quand c'est en glace, c'est à dire la plupart du temps, c'est impossible !
- Est-ce que tu veux retourner faire des descentes dont le style des premières t'avait déplu ? Je me souviens que tu avais « râlé » à propos des premières du Linceul ou de la face nord du Triolet...
- A propos du Linceul, c'était sur le principe : est-ce qu'il faut médiatiser à ce point une descente qui n'est jamais qu'un névé suspendu de 300m à 50° ? A mon sens, c'est un peu exagéré...Pour la face Nord du Triolet c'est un autre problème, ils ont quand même fait 5 rappels. A un moment donné il faudrait y retourner pour le faire mieux, comme une première, parce que si à la limite tu reviens en faisant sans rappel ou avec un seul rappel, moi je considère ça comme une première.
(NDLR : Jérome Ruby a réalisé ces premières respectives en mai 1995 avec Sam Baugey avec 8 rappels et le 16 Juin 1995 avec Pierre-André Rhem avec 5 rappels)
- Est-ce qu'il t'est arrivé de devoir sacrifier ton éthique ?
- Non ! Parfois on a passé plus de temps en rappel qu'à descendre mais à la limite c'est pas grave si il y a un rappel, ça fait un peu technique, c'est de l'alpinisme ! Comme en escalade : si il y a un passage en artif, est-ce qu'on peut dire que ce n'est pas une belle voie ? Quelque part non, mais qu'on ne dise pas que c'est une descente à skis si finalement tu as 5 passages à la corde, il y a peut être une limite raisonnable à ne pas dépasser.
A l'Epéna par exemple, je ne dirais pas que c'est dans mes plus belles mais quand même, c'est deux descentes qui ont compté (NDLR : la première descente, à droite sur la photo ci-dessous, a été inaugurée avec Marco Siffredi, avec à la clé ouverture d'une voie nouvelle à la montée!). Lors de la dernière ouverture avec Éric Saint Bonnet, on a fait un passage de 80m à la corde : oui il y a un rappel et alors ? Moi ça m'éclate parce que j'ai skié ce névé qui m'a toujours fait rêver ! On n'a pas pu monter par la voie de descente mais on est parti d'un des 4 sommets de l'Epena, un vrai sommet et c'était une belle descente, certes pas très raide (45°), mais une belle aventure !
- Est-ce que tu as connu des moments de tension critique ?
- Oui je me suis pris deux trois gamelles quand même...Une fois dans les Aravis, dans une réception de virage dans une pente à 40-45°, j'ai une spatule qui a planté et hop, chute en avant ! Je me suis retrouvé les deux poignets plantés et ça m'a bloqué, mais il faut le faire tout de suite ! A ce moment tu te dis qu'avec la barre juste en dessous, si tu tombes, tu es cuit alors ça te met un coup au cœur quand même ! Une autre fois avec Daniel Chauchefoin, j'avais fait une chute juste au dessus d'une rimaye. On avait fait un couloir de 100m au refuge de la Fourche. 4m avant la rimaye, j'ai du faire une faute technique quelconque et là encore chute en avant, j'ai mangé la rimaye, dans la poudreuse ! On a bien rigolé mais enfin c'est l'erreur à ne pas faire car une fois que tu es parti, pour t'arrêter...
- Avec le temps ta technique s'améliore encore ?
- Oui, avec le temps tout le monde devient plus fluide, tu colles mieux à la neige, tu sautes moins, tu es moins brutal, tu arrondis plus. Et puis les skis surtout sont plus faciles alors avec la technique, tu peux mieux coller. Aujourd'hui on fait des virages bien plus longs avec un plus grand rayon et on ne tourne pas aussi rapidement qu'avant, où les skis faisaient 67mm au patin et où on n'osait pas se laisser aller ! Maintenant tu as des skis plus larges, donc plus de portance sur la neige, les skis flottent mieux. Alors tu te laisse tomber, tu fais une vague impulsion et tu retombes comme ça, même pas dans l'axe de la pente, ça tourne tout seul !
- Avec cette évolution du matériel et des mentalités, la pratique du ski extrême se démocratise t-elle d'après toi ?
- En terme d'ouvertures non, car si tu veux en faire dans le coin, ça reste très élitiste parce que tu vas chercher la technicité pure !
- Le ski extrême serait-il une spécialité française ?
- Non il y en a quelques uns à l'étranger, comme ce suisse, Sébastien de Sainte-Marie, qui vient de rentrer de l'Himalaya où il a essayé le couloir sud du Shishapangma. Le jour où lui et quelques autres auront de belles conditions, ils ramèneront une belle descente, chez lui ou ailleurs. Lui il engage, il a des projets, les descentes sérieuses à faire il les connait !
- 15 ans après « Mémoires de pleine pente », est-ce que tu n'as pas envie d'écrire à nouveau un livre pour transmettre ton expérience ?
- Pas pour le moment, tant que je peux skier ! Pour un travail de fond il faut passer du temps sur sa planche, fouiller, aller au fond des choses, ça prend du temps. Et puis là j'ai déjà une activité culturelle prenante avec mes topos...Un jour certes, il faudra que je m'y mette, que j'écrive des choses, creuser le pourquoi du comment, philosopher etc ! Mais pour le moment je suis parti dans une période où j'espère avoir le temps de faire plus de ski, plus de premières, plus de beaux hors-pistes, plus de belles escalades, alors de là à prendre des journées pour écrire...
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Pour suivre les actualités de Pierre Tardivel :
http://www.pierretardivel.com
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Son livre :
« Mémoires de pleine pente », Pierre Tardivel avec Jacky Lesage, 1997, Editions Publialp.
"Neiges Eternelles - Chroniques d'un héritage"
Montagnologie était présente à Chamonix le mois dernier à l'occasion de la sortie officielle du nouveau livre d'Anselme Baud paru aux Éditions Nevicata, « Neiges Éternelles – Chroniques d'un héritage ».
Photos : collection Anselme Baud.
L'auteur, figure pionnière du ski extrême dans les années 70 au côté de Patrick Vallençant, a pris le temps de coucher en détail les souvenirs de ses quelques 50 années d'expériences vécues au sein de la communauté alpine...et le résultat vaut le détour ! De son enfance, marquée par l'apprentissage de la montagne sous la tutelle bienveillante de son père à sa retraite de professeur à l'ENSA ovationnée en 2007, Anselme nous dresse un portrait remarquable de l'alpinisme et du métier de guide étalé sur plus de 3 générations !

Lors de la première du Couturier, le 5 Aout 1973,
des images inscrites dans l'imaginaire collectif de tout alpiniste !
Toujours tiraillé entre ses exigences de père de famille et l'appel de la montagne, vous découvrirez ou redécouvrirez au fil de ces pages ses célèbres premières en ski extrême, des tentatives d'innovations aussi cocasses qu'en avance sur leur temps (Paraski aux dents blanches, parapente ou Speed Riding avant l'heure à Planpraz!) avant de partir prendre l'air en Himalaya et sur les seven summits !

Au début des années 80 à Plan Praz, Jean-Claude Bétemps décolle sous l'oeil de Joel Yout avec son « paraplane », l'ancêtre du parapente ! Anselme, pensant gagner de la vitesse, s'est élancé à skis auparavant, s'envolant sur 300m avant de retomber en douceur dans la pente moins raide : le speed riding était né !
L'envol de Joel Yout !
Vous croiserez aussi les noms de guides & personnages légendaires comme James Couttet, Patrick Bhéraut ou Christophe Profit comme ceux d'illustres inconnus aux parcours remarquables, tels Michel Lascar, Arnaud Van Sheselten ou ce soldat Gurkha croisé au pied du Daulaghiri !
En fil conducteur, Anselme partage sinon le fruit de son expérience cumulée d'amateur, guide de haute montagne et professeur à l'ENSA, dispense ses réflexions quant à l'évolution de la formation du métier de Guide ainsi que ses conseils de sécurité et de prudence en montagne (« L'art de s'encorder » !), propos appuyé par un émouvant hommage à son fils Edouard décédé en 2004. Est également relaté dans ce livre l'investissement de l'ENSA dans la formation des guides à l'étranger dans les Andes puis au Népal sur 3 décennies.
Avec Edouard au pied de l'Ama Dablam, sommet emblématique gravi ensemble le 20 Octobre 2002.
Inscrit dans la plus pure tradition classique, Anselme Baud nous livre avec une plume sincère et sans fioritures le témoignage d'une montagne humaniste et responsable. En espérant que sa démarche incitera d'autres « grands noms » de la montagne à laisser une trace de leur passage...
A intégrer dans votre bibliothèque dès maintenant !
A la rencontre de Patrick Vallençant !
Le mois dernier était présenté à l'Institut Lumière de Lyon le film « El Gringo Eskiador », mettant en scène Patrick Vallençant dans une de ses légendaires descentes : la première à skis de la face sud-est de l'Artesonjaru, 6020m, au Pérou.
A l'issue de la présentation du film, le réalisateur, Pierre Saloff-Coste ainsi que les proches de Patrick Vallençant sont venus témoigner de son engagement et de sa personnalité atypique qui le font figurer aujourd'hui encore parmi les grands noms de la montagne dans l'inconscient des alpinistes.
Montagnologie a interviewé Yannick Vallençant, son fils, et Michel Pellé, son ami, tous deux guides de haute montagne, pour réévoquer un peu ce personnage haut en couleurs !
Photos : collection Yannick Vallençant

- Comment vous est venue l'idée de faire une rétrospective sur Patrick Vallençant ?
- Yannick : A l'origine c'est Michel qui a eu cette initiative à Chamonix et qui a organisé cette soirée au Majestic autour du film « Peuterey, La Blanche », où Anselme Baud était présent en tant qu'acteur de la première et copain de mon père. La Mairie de Chamonix avait choisi de diffuser en complément un film avec Lionel Terray sur la 1ère descente à skis de la face Nord du Mont Blanc dans les années 50 – un vrai film de cinoche « old school » avec musique classique et commentaire dit par Bernard Blier – et un film moderne de freeride – avec beau garçon, beaux virages, images d'hélico, musique à fond et message publicitaire...Là, j'avais envie de faire un truc plus personnel, dans sa « famille » lyonnaise.
- Complètement décontextualisé, on peut effectivement passer à côté du propos !
- Y : C'est pour ça que j'ai eu envie de faire un événement qui permettait d'isoler sa démarche particulière, à la fois cinématographique et alpinistique, pour la présenter telle qu'elle était et également la remettre en perspective avec ce qui se fait aujourd'hui. Dans quel esprit on faisait du ski hors-pistes et de pente raide à l'époque, de quelle vision de la montagne ça participait etc ...
- Et toi Michel, qu'est-ce qui t'a motivé à vouloir réévoquer Patrick Vallençant ?
- Michel : De mon côté l'idée est simple. Je buvais un verre dans un bistro à Chamonix quand je tombe sur une bande de jeunes, dont Lionel Hachemi qui me dit : « Ah toi Michel, avec Vallençant, vous avez été des précurseurs des pentes raides et du ski extrême... » ! De mon côté à l'époque, j'étais alpiniste, grimpeur et je connaissais très bien Patrick mais le ski je n'en faisais pas du tout, pas au début du moins ! J'ai donc voulu remettre les pendules à l'heure pour mieux comprendre qui faisait quoi à l'époque.
- Comment l'as-tu rencontré ?
- M : En 1969 j'étais à Tignes, je faisais mon service militaire et lui était moniteur de ski à Val d'Isère. On est devenu amis simplement parce qu'on avait des atomes crochus et que la montagne nous rapprochait. Mais à la base, on n'avait pas vraiment de point commun particulier, ni au niveau de la discipline, lui étant d'abord un skieur et moi exclusivement grimpeur, ni au niveau professionnel, bien qu'on on ait passé notre guide ensemble* et que j'aie travaillé pour lui plus tard !
(*NDLR : la bande de l'époque ne comprenait rien moins qu'Anselme Baud, Joël Coqueugniot, Olivier Challéat...et le ski n'était pas obligatoire à l'époque pour passer le diplôme!)
- Qu'est-ce qui différencie le ski extrême d'alors de celui d'aujourd'hui ?
- Y : Je dirais que, au delà de la technique de ski et des pentes dans lesquelles on va aujourd'hui – qui sont d'une raideur similaire (NDLR : Les pentes les plus raides skiables dans les Alpes Européennes n'excèdent jamais 55°), c'est la démarche qui est fondamentalement différente ! Si mon père était de la génération actuelle, je ne suis pas sûr que c'est dans le ski extrême et encore moins le freeride qu'il s'exprimerait. A cette époque là, le ski extrême était une révolution, c'était un moyen d'exprimer quelque chose qui était en lui, la volonté d'être pionnier, aventureux et un peu provocateur...Aujourd'hui, le freeride n'a rien de marginal ni de contestataire, c'est au contraire une discipline "tendance", souvent pratiquée par une classe sociale privilégiée (plus encore qu'il y a 30 ou 40 ans), qui compte ses stars, ses fashion victims et beaucoup de groupies... Le ski vraiment extrême – c'est-à-dire nécessitant des qualités d'alpiniste dans des pentes au-delà de 50° –, lui, reste bien sûr élitiste et pratiqué par une toute petite minorité, mais il n'est plus révolutionnaire.
- Même avec ses évolutions « new age » récentes ?
- Y : Oui, car même s'il y a toujours une recherche poussée de la performance sportive et de l'innovation, c'est beaucoup plus évident aujourd'hui d'en faire car ce n'est plus pionnier, on sait où on va d'une certaine façon. Et puis le matériel a passablement évolué. Quand tu regardes celui de l'époque, les chaussures avec un seul crochet qu'on pouvait exploser avec un virage un peu trop appuyé... ça relativise un peu les « exploits » modernes! Anselme expliquait aussi qu'à l'époque, ils n'envisageaient absolument pas de skier dans des pentes poudreuses, parce qu'ils n'avaient pas des skis qui permettaient de flotter suffisamment au-dessus de la neige et ils ne voulaient pas prendre de risques d'avalanches. Donc ils y allaient généralement dans des pentes béton ou au mieux légèrement décaillées, donc si tu glissais t'allais en bas c'est clair.
A l'ouverture de la face Sud-Est de l'Artesonjaru (6020m) au Pérou, 1978.
- Qu'est-ce qui motivait ton père à vouloir s'exprimer dans le ski extrême à l'époque ?
- Y : Chez mon père, il y avait d'abord l'envie de faire des choses aventureuses, d'être pionnier, et à travers cela de s'exprimer et de prouver quelque chose autant à lui-même qu'aux autres – il avait une image très dévalorisée de lui-même. Anselme Baud par exemple n'avait peut-être pas besoin d'exprimer la même chose, car il était montagnard par héritage et amoureux de la montagne depuis l'enfance. Mon père, c'était quelqu'un qui avait une revanche à prendre sur la vie : il sortait d'un milieu extrêmement modeste (son père était ouvrier, sa mère sage-femme), il n'avait pas fait d'études supérieures (il avait quitté l'école avant le bac), il était en conflit ouvert avec son père et avait alors le choix entre devenir ouvrier ou s'engager à l'armée. Un de ses premiers boulots c'était d'aller balayer les noyaux de prune à l'usine de confitures Lenzbourg près de Lyon ! Puis il s'engagea à l'armée pour 3 ans et en fut renvoyé au bout d'1 seul, après 6 mois de prison mais en ayant commencé de découvrir la haute montagne avec les chasseurs alpins. Je pense qu'en lui-même il sentait qu'il avait un truc à exprimer mais il ne savait pas comment. Et c'est là qu'il a trouvé le ski, à un moment donné où il avait un besoin de défonce physique pour lequel le ski et la montagne convenaient très bien. Je pense qu'il a senti que ça lui permettait de découvrir des choses sur lui-même qu'il ne connaissait pas et qu'instinctivement, il a dû sentir qu'il allait pouvoir s'y réaliser à tous les niveaux, y compris au niveau social. Et si ça n'avait pas été la montagne ç'aurait été autre chose, la mer, la voile...l'aventure en général !
Après les années ski extrême et le lancement de la marque « Degré 7 », le temps de la reconversion avec l'exploration de nouveaux horizons, comme ici en Norvège (1986-87).
- Un fort besoin de réalisation de soi donc, mais aussi de partage ?
- Y : Oui ce qu'il y a d'original à travers sa démarche, c'est non seulement qu'à cette époque il révolutionnait le ski en faisant des trucs nouveaux, mais qu'en plus il s'était mis en tête de les démocratiser auprès des gens, notamment à travers les stages qu'il a crées !
- Les « fameux » Stages Vallençant c'est ça ?
- Y : Oui c'est ça, et qui étaient très engagés ! Je me rappelle avoir fait à l'époque la face Sud des Grandes Jorasses à 20-25 personnes (NDLR : Yannick avait alors 12 ans. La face Sud est une entreprise sérieuse cotée 51-E3) ! C'est inimaginable à l'époque qu'on connait aujourd'hui, avec le formatage des prestations et du nombre de personnes par guide, la réglementation extrêmement forte... Pareil pour la Nord-Est des Courtes, on l'avait fait à combien ce truc là ?
- M : Oh je ne sais pas on l'a fait jusqu'à 11-12 personnes ! Le Spencer, pareil...
- Des collectives en ski extrême ?!
- M : Oui mais à l'époque attention, on s'était mis à skier en grosse poudre aussi (NDLR : les stages Vallençant prennent leur essor dans les années 80, les principales descentes de Patrick Vallençant dans la décennie précédente). Ça veut dire que finalement, le Spencer par exemple, si on avait du mal à monter, à la descente on pouvait presque rouler dedans ! Par contre on emmenait tout le monde, même ceux qui ne savaient pas bien skier, et la plupart ne savaient pas ce qu'ils allaient faire ! Maintenant, les clients veulent que tout soit prévu et programmé à l'avance, alors qu'à ce moment là c'est nous qui proposions !
Mais ça je m'en souviendrai toujours, la première face sud des Jorasses. On était au glacier de Toule, et là un suisse, Michel Darbellay (NDLR : à qui l'on doit la première solitaire de la Face Nord de l'Eiger) venait juste de faire la face Sud des Jorasses – ce qui énervait Patrick bien sur, alors il a dit : « Puisque c'est comme ça, demain tout le monde aux Jorasses !!! ». Le stage qui venait juste des grands Montets pour aller au glacier de Toule n'avait rien demandé mais basta ! Le lendemain pont aérien avec l'hélicoptère et on mettait 20 personnes là haut. Et là Patrick qui avait pris son sac avec plein de cordes au cas où, sort de la première rotation, pose son sac, et lorsque la 2ème rotation arrive, avec le souffle du rotor, pouf plus de sac à dos, plus de cordes !
Ambiance 80ies avec le « rose Vallençant », marque de fabrique des stages homonymes !
- Il avait un côté pour le moins charismatique pour que les gens acceptent de le suivre ?!
- M : optimiste moi je dis ! Quoique, emmener des gens dans de la pente raide qui savaient pas skier, c'était ou de l'optimisme ou de l'inconscience ! Mais il avait aussi cette façon de transmettre une espèce d'énergie positive, il savait te booster. Par exemple il disait : « Fais ton virage, fais ton virage, fais le virage et puis si tu tombes je te rattrape » alors qu'il savait très bien que si l'autre tombait c'était cuit mais ça ne fait rien, ça marchait ! Moi-même quand je suis parti un an au Népal en 1976, je ne savais pas skier et encore moins quand je suis rentré en 78 ! Alors mes parents m'ont dit : « Patrick te cherche, il veut monter une école de ski à Chamonix et il veut que tu travailles avec lui ». A ce moment là le ski extrême, la poudreuse, pour moi c'était absolument inconcevable mais Patrick a été très convaincant ! De fait il avait un vrai talent, c'était de vendre un frigidaire à un esquimau et un sac de sable à un touarègue !
- On retrouve encore un peu en filigrane son côté provocateur derrière tout ça !
- Y : Oui, dans sa manière viscérale de vouloir transgresser les règles établies ! A la limite si il y avait eu le matériel qu'on doit mettre aujourd'hui, on a presque le sentiment qu'il n'aurait pas voulu le prendre.
- M : Oui d'ailleurs les premiers Arva qu'on a eu, on ne les mettait pas, ni le casque d'ailleurs...
- Y : Il n'y avait absolument pas cette obsession du matos ou du suréquipement, voire il y avait chez lui une volonté de faire fi de ces règles-là ! De la même façon, quand il y avait un risque généralisé d'avalanches flanqué d'une interdiction de sortir, il montait quand même en peaux de phoque aux Grands Montets, juste pour emmerder les pisteurs !
- M : Une fois aussi on avait une zone complètement interdite en dessous de Lognan parce qu'il y avait trop de risque d'avalanche. Alors évidemment, Patrick, moi, Fred Bourbousson et son frère François, on est même pas passés par la piste et chaque fois qu'on arrivait en bas, on était convoqués dans le bureau du directeur et le maire d'Argentière nous interdisait de remonter ! Alors Patrick foutait évidemment un bronx pas possible...
Une autre fois les pisteurs ouvrent Bochard, Patrick part sur les arêtes du haut, fait un virage dans les petits couloirs sommitaux et fait partir une énorme coulée qui recouvre une partie de la piste...Alors là on était à Lognan et quand on a vu Patrick on s'est dit : « Bon ben, on va sans doute devoir quitter la région », déjà qu'auprès des pisteurs on était vus comme des assassins ! Mais Patrick est arrivé, fulminant et a dit : « C'était à vous les pisteurs de traiter le lieu, donc si j'ai fait partir une avalanche, c'est de votre faute et je porte plainte contre vous et le service des pistes ! ». Les mecs scotchés l'attendaient avec les menottes, ils sont repartis sans lui !!
En escalade aussi, un jour il arrive à un relais où il y avait déjà un mec : il a fait le relais directement sur le pontet du baudrier du mec, juste pour l'emmerder !
- Comment était-il en tant que père ?
- Y : En tant que père, je dirais qu'il avait des côtés supers mais qui se sont surtout révélés vers la quarantaine (NDLR : PV est mort à 42 ans) ! Avant, c'était un père... très particulier !
Par exemple Michel m'a raconté, qu'un jour mes parents étaient partis grimper dans les Calanques avec d'autres copains, ils avaient envie de grimper et de faire des voies de plusieurs longueurs. Moi j'avais 3 mois, ils m'ont foutu dans le landau au pied de la voie avec le biberon à côté et un panneau sur le landau qui disait : « Si il a soif, donnez lui le biberon » et eux ils allaient grimper ! On imagine mal ça aujourd'hui (et peut-être même à l'époque), ne serait-ce qu'avec toutes ces affaires de gamins enlevés...
- M : Une autre fois, Patrick me dit : « Emmènes donc Yann au couloir chevalier », il avait 11 ans ! Moi après ça je lui ai dit : « C'est terminé, ton fils je ne l'emmène plus jamais !! » : un gamin de 11ans, moi je le voyais tomber et je me disais : « Non je peux pas prendre cette responsabilité » !
- Y : C'est vrai que c'était que des trucs comme ça...Vers l'age de 7-8 ans aussi, il m'avait emmené grimper. Ça me faisait plaisir de découvrir l'escalade, mais lui faisait exprès de ne pas mettre de points d'assurance ou alors il me faisait descendre en désescalade dans des voies en 5 parce que c'était quand même plus marrant que par le chemin...Moi j'étais terrorisé, je m'en souviens encore ! Je pense qu'il avait à la fois envie qu'on fasse des trucs biens, hors norme, mais je pense qu'il avait aussi envie de faire des trucs pour lui et de pas trop se soucier de moi. Donc il n'était pas attentif à faire une progression qui sécurise, en tout cas pas adaptée du tout à un gamin qui débute !
- M : C'est vrai que Patrick, autant en ski il savait te transmettre son savoir, autant en escalade c'était n'importe quoi. Moi le peu de fois que j'ai grimpé avec lui, je voulais plus y aller ensuite, comme à la Contamine Vaucher au Peigne, un souvenir épouvantable ! D'abord il ne faisait jamais de relais et puis il mousquetonnait un point tous les...rarement ! Alors j'aurais préféré aller en tête mais comme lui ne s'arrêtait pas...Moi ça me mettait terreur, je me disais que si un de nous deux bennait on était tous les deux en bas ! Mais bon, ça le faisait marrer...
- Y : il y avait toujours cette forme de défi en permanence, de volonté de négliger et de provoquer le danger, de dire : « j'ai pas peur, j'en ai rien à foutre de tout ça » donc il faut que chaque étape, même celle du relais soit aventureuse …
- Cette d'attitude était peut-être d'autant plus accentuée dans votre relation père-fils ?
- Y : Oui ça ne fonctionnait pas comme ça avec ma sœur par exemple. Je pense qu'il y avait une volonté d'éducation à travers ça mais voilà, c'était un peu lourd entre 11 et 15 ans. Jusqu'à 16-17 ans, notre relation était un peu tendue et puis après il s'est assagi un peu et du coup moi aussi. On allait grimper ensemble et c'était beaucoup plus sympa, il commençait à se calmer un peu. Ce qui ne l'a pas empêché de se planter à cause d'une connerie de ce genre mais bon...
- Je lisais des choses analogues aussi sur son comportement vis-à-vis de son épouse Marie-Jo : lors de leur premier Whymper à la Verte, avec elle et Anselme Baud, c'est Anselme Baud qui aurait aidé ta mère à skier la partie basse, Patrick ayant décidé de filer devant !
- M : Oui là aussi les anecdotes il y en a plein ! Une autre fois au Maroc, on skiait des montagnes faciles. Pour les approches en cailloux on mettait les skis sur le sac, avec les pompes de ski calées sur les fixations et on marchait en basket. Et puis quand y avait la neige, les baskets dans le sac, on sortait les pompes de ski et les peaux de phoque ! Et l'autre, comme il avait horreur que quelqu'un le double, il était parti comme un malade devant avec les pompes de ski de Marie-Jo ! Lorsqu'elle est arrivée à la neige, ses pompes étaient déjà au sommet et elle a donc fait toute la pente en baskets ! C'était ça en permanence, je me souviens pas de tout mais ...
Look 70ies lors d'une randonnée avec clients dans le massif du Mont Blanc !
- Est-ce que son côté provoc' se reflétait dans son engagement politique ?
- Y : Non. Il sortait d'un terreau communiste engagé et s'il avait voté quelque part, ça aurait été à gauche de toute façon, mais il ne s'était jamais engagé spécialement.
- M : voire plutôt à gauche de la gauche, c'était un rebelle !
- Y : oui c'est ça, il était pour la gauche qui mette le boxon ! Mais au delà du fait qu'il était capable de faire des « conneries » pas possibles, il avait aussi une éthique stricte, notamment sur la manière de faire de la montagne et d'en parler. Il ne fallait pas mentir ni se mentir, il fallait être extrêmement rigoureux sur la qualité de la course qu'on faisait etc, il y avait cette exigence-là.
- M : Oui par exemple il n'utilisait pas l'hélicoptère pour ses descentes, c'est même pas qu'il était contre, il était plus que contre !
- Y : Au Couturier par exemple, ils considéraient s'être fait piquer la première par Serge Cachat-Rosset qui avait réalisé la descente après dépose hélico. Avec Anselme ils se sont dit : « Pas grave, on va aller plus vite en montant à pied et en descendant à skis que lui pour descendre à skis » ! Et c'est ce qu'ils ont fait : Serge Cachat-Rosset avait mis 5h pour descendre le Couturier, eux ont mis 4h30 entre la montée et la descente !
- M : Plus tard, Patrick s'était endormi parce qu'il était un peu fatigué. Il partait au Couturier pour la 2ème ou 3ème fois pour les besoins du film, cette fois ci théoriquement en hélicoptère pour être filmé depuis la machine, juste pour des plans de coupe. Et là au dernier moment, il n'est pas monté dedans, il est monté à pieds alors qu'il avait payé l'hélico pour faire les images !
Après ça il a dû se laisser faire quand on a commencé à emmener des clients aux Jorasses et sur d'autres sommets, parce qu'ils n'auraient pas pu monter à pied. Mais lui ne voulait pas au départ, il avait du mal à utiliser l'hélico, même pour filmer...
- Y : L'amusant, c'est justement qu'à l'époque, il était apparemment critiqué parce qu'il faisait plusieurs fois la descente pour le film. Certains détracteurs lui reprochaient cette démarche cinématographique, alors que de fait ça revenait à faire plusieurs fois la descente !
- M : Oui mais il ne faut pas oublier non plus qu'à ce moment là, tout était bon pour le critiquer. Il bousculait tout le monde localement par sa démarche et beaucoup voulaient lui trouver des failles ! Après tout le monde l'a bien accepté, aujourd'hui on en parle comme d'un héros même, mais au début c'était dur...
Ses dates clés :
9 Juin 1946 : naissance à Lyon
1966 : rencontre avec Marie-Jo
10 Mai 1971 : face Nord de la Grande Casse par les Italiens
20 Juin 1971 : face Nord de la Tour Ronde
Printemps 1972 : raid à ski Nice-Innsbruck
24 Juin 1972 : face Nord-Est des Courtes avec M-Jo Vallençant
7 Juillet 1972 : couloir en Y à l'Aiguille d'Argentière avec M-J Vallençant
27 Avril 1973 : face Nord de Bellecôte, couloir NNE, avec M-J Vallençant et Robert Blanc
8 Juillet 1973 : couloir Whymper à l'Aiguille Verte, avec Anselme Baud
5 Aout 1973 : couloir Couturier à l'Aiguille Verte, avec Anselme Baud
Août 1973 : obtention du Diplôme de Guide de Haute Montagne
Juin 1975 : couloir nord du Coup de Sabre, couloir NW du Pic Sans Nom, couloir N du Col du Diable, de la Barre Noire aux Ecrins et Gravelotte à la Meije !
29 Mai 1977 : face Nord de l'Aiguille Blanche de Peuterey, avec Anselme Baud
31 Mai 1977 : Arête de Peuterey au Mont Blanc de Courmayeur avec Anselme Baud
Hiver 1978 : fondation des Stages Vallençant à Chamonix
Juin 1978 : face Sud-Ouest et Nord du Huascaran sud (6750 m) puis face Sud-Est de l'Artesonraju (6020m) au Pérou
Juin 1979 : face Ouest du Yerupaja (6650m) dans les Andes.
juillet 1980 : descente à skis du col du Broad Peak (8047m) avec Georges Bettembourg, Frédéric Labaeye et Jean-Louis Etienne (médecin de l'expédition)
Mai 1981 : expédition au Mac Kinley (accident et échec)
En 1983, Patrick Vallençant fonde avec la styliste Ingrid Büchner et le publicitaire de la marque « Degré 7 », toujours existante dans le paysage du ski alpin français, bientôt 30 ans après.
Le 28 mars 1989, Patrick Vallençant trouve la mort à la suite d'une mauvais manipulation technique alors qu'il fait de l'escalade à la falaise de la Beaume Rouge dans les Cévennes.
Le 23 avril 1989, son épouse Marie-Jo disparaît à son tour tragiquement lors d'un accident de saut à l'élastique.
Son livre :
« Ski extrême, ma plénitude », en collaboration avec Michel Ballerini, chez Flammarion (1979)
Ses films :
« Les grands couloirs de l'Oisans » (1975), « Peuterey la Blanche » (1977), « El Gringo Skiador » (Pérou, 1978) et « La Pente » (Pérou, 1979) avec le réalisateur Pierre Saloff-Coste
« Les parapluies du Baltoro » (1980, Pakistan)
« Papik, l'enfant du Mont Blanc » (1981, réalisation Michel Torend)
« Aventures en Alaska » (1981, réalisation Patrice Aubertel)
Hommage à Jean Coudray
Hommage à Jean « Nano » Coudray
(1942 – 2011)
Par Rodolphe Popier
Remerciements à Pierre Blanc pour son témoignage et à l'ENSA.
Né en 1942 au-dessus de Sallanches, fils de décolleteur destiné à la succession de son père, « Nano » Coudray préfère rapidement la montagne à la mécanique de précision. Son ami et compagnon de cordée de toujours, Pierre Blanc, nous a aidé à résumer ses principaux faits d'amateur commis durant les années 60. Il faut se remémorer que ces grandes ascensions se faisaient alors sans nos moyens météorologiques actuels ! Les dates à retenir :
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Été 1964 : 1ère de la face Est du Grand Capucin sans bivouac. Tentative de répétition au pilier du Freney, 3 ans après la première anglo-française ; alors que la cordée est montée très haut sur le pilier, le mauvais temps les force à redescendre.
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Été 1965 : 3ème ascension du pilier Bonatti, 3ème ascension de la voie Demaison au pic de Bure et ouverture à la tête Louis-Philippe dans la chaîne des Fiz.
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Été 1966 : Face ouest des drus par la Directe Américaine. De retour de la face Nord du Triolet (avalée en 2h30!), Jean se voit nommé leader du sauvetage aux drus en 1966 par les dirigeants de l'EMHM où il vient d'entrer comme instructeur civil !
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Hiver 1966 : Tentative de 1ère hivernale à la Davaille en face nord des droites, stoppée par la chute prématurée de Nano dans une crevasse !
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Hiver 1967 : grosse tentative en hivernale au Freney avec Pierre Blanc. Après avoir retrouvé la cordée Demaison-Flematti au bivouac de la Fourche, les 4 effectuent la 1ère de la face nord du col de Peuterey en hiver puis le mauvais temps à l'attaque du Pilier les force à la retraite. La redescente par les rochers Gruber et le col de l'Innominata dans la tempête, à l'endroit même où s'est déroulée la tragédie du Freney 4 années auparavant, sera sauvée par le flair et la connaissance des lieux de René Demaison (NDLR : évoqué dans l'excellent "Flematissime" paru en 2006 aux Éditions Guérin).
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Reçu moniteur de ski à l'automne 1967 puis co-Major de sa promotion (avec le même Pierre Blanc!) au Guide de Haute Montagne en 1968, il intègre immédiatement après l'ENSA en tant que professeur, poste qu'il occupera jusqu'en 2005 !
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1969 : premier secours hélitreuillé dans la face nord des Grandes Jorasses à l'initiative de Jean et Pierre ayant fait un premier essai concluant dans le Grépon une année auparavant. Pionnière, cette expérience lancera le développement du secours hélitreuillé dans le massif du Mont Blanc, le PGHM prenant à partir de là le relais définitif de l'ENSA pour le sauvetage en montagne.
Après cette première phase de formation remarquable dans les Alpes (au titre de laquelle il se voit admis au prestigieux Groupe de Haute Montagne en 1965), Jean Coudray découvre l'Himalaya lors de la première expédition des professeurs de l'ENSA au Pumori. Repères :
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3 novembre 1972 : pilier sud du Pumori (7145m) avec notamment Yves Pollet-Villard, Georges Payot, Maurice Gicquel...7 professeurs de l'ENSA pour une expédition heureuse, « la plus belle de toutes, avec tout le monde au sommet... », malgré des conditions climatiques difficiles. En 1996, l'équipe de Christophe Profit reprendra l'itinéraire avec intérêt.
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1975 : tentative de traversée à la Nanda Devi (7816m), sommet mythique et difficile, peu gravi encore de nos jours, où l'équipe parvient malgré tout à gravir les deux sommets principaux. Une lourde équipe japonais réussira le challenge l'année d'après.
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Automnes 1978 et 1980 : tentatives poussées sur le pilier sud-ouest du Daulaghiri (8172m), ascension de haut niveau présentant trois ressauts successifs très techniques à haute altitude. Le gros des difficultés est franchi sans toutefois atteindre le sommet. Pierre Béghin et Jean-Noël Roche se chargeront de la conclusion en 1984.
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1979 : membre de la « dream team » sélectionnée pour l'expédition nationale française au K2, qui frôle la réussite à 100m du sommet.
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26/10/1981 : ascension du Dhampus (6012m) en famille.
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8/10/1984 : ascension sans oxygène du Yalung Kang (8505m) avec Anselme Baud dans le massif du Kangchenjunga. Son témoignage : "J'étais shooté et un peu limite à la descente, dévalant rapidement le couloir sommital facile mais quand même dans une pente à 50°..." !
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Automne 1993 : tentative au Makalu.
Durant cette période, une véritable histoire d'amitié va se lier avec le peuple népalais. A partir du début des années 90, d'abord en tant que professeur à l'ENSA puis au sein de la « Fondation Yves Pollet-Villard » qu'il crée en 2005 à sa retraite, Jean Coudray va contribuer à développer le professionnalisme des Guides Népalais, permettant à certains de suivre une formation classique en France et développant depuis 2007 une formation sur place au sein de la Nepal Mountaineering Association (NMA). A travers sa fondation, il militait encore récemment pour la recherche de fonds afin de poursuivre l'instauration d'un système de formation pérenne au Népal.
Apprécié comme ancien collègue à l'ENSA (« constamment enthousiaste, généreux et gentil » pour Anselme Baud), toujours très actif auprès de la clientèle privée et reconnu pour son engagement envers les guides népalais, Jean « Nano » Coudray est parti ce mercredi 7 septembre dernier après avoir ajouté une énième voie à sa liste d'amateur. Parti chercher du matériel égaré, il aurait apparemment glissé sur de l'herbe raide…
C'est un alpiniste, formateur et transmetteur de premier ordre qui disparaît du paysage alpinistique français. Jean Coudray était également marié, avait deux filles et deux petits-enfants.
Bibliographie :
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Co-auteur du manuel "Alpinisme et escalade", Editions du Club alpin français / Seuil, 1998.
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Auteur de " La traversée impossible ", l'expédition de 1975 à la Nanda Devi.
Autres sources :
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« L'épopée des expéditions françaises », Paragot-Gardien, Editions Libris / FFME, 2000.
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« The Himalayan Database », les Archives numérisées de Liz Hawley, par Richard Salisbury, 2003.























